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Pourquoi les chefs d’Al Nosra portent-t-ils toujours un masque ?


 
 Personne ne sait qui se trouve, vraiment, derrière ce masque.

Celui qui se nomme Abou Mohammad Al-Jolani et qui se présente comme le leader du Front Al-Nosra porte  son masque même lorsqu’il rencontre les autres leaders de la » rébellion ». Selon Deutsche Welle, les combattants du Front Al-Nosra ne sont pas comparables aux autres « rebelles », en Syrie. Ils comptent, parmi eux, des individus qui ont, sous le titre de combattants d’Al-Qaïda, l’expérience d’années de guérilla et de guerres terroristes en Irak. Deutsche Welle cite le journaliste suédois, Around Lond, qui parle dans son analyse des extrémistes du Front Al-Nosra opérant en Syrie , le qualifiant de «groupe le plus réputé, parmi les extrémistes internationaux». Même des extrémistes venus de Tchétchénie, d’Europe et des mini-monarchies  du golfe Persique ont rejoint le Front Al-Nosra.

Un point intéressant à noter : le Front Al-Nosra est l’unique groupe » rebelle syrien », dont les vidéos sont divulguées sur la toile par les sites proches d’Al-Qaïda. D ’après Deutsche Welle, les hauts cadres de ce groupe sont toujours choisis parmi les milieux proches d’Al-Qaïda.

Selon la fondation Quilliam, de nombreux hauts cadres de ce groupe sont issus du résau Abou Moussab al-Zarqaoui qui figurait, jusqu’à sa mort en 2006, en tête de liste des terroristes internationaux. Au lendemain de l’arrivée de l’armée américaine en Irak, Al-Zarqaoui a jeté en 2003 les bases d’un réseau d’Al-Qaïda dans ce pays qui, même après 10 années, n’a eu de cesse de commettre des atrocités, des attentats et des kidnappings en Irak.

L’ex-analyste de la CIA, Nada Bacus, décrit en ces termes le réseau d’Al-Qaïda en Irak : «Les premiers groupes que Zarqaoui a embauchés étaient issus des milieux proches des Frères musulmans». Selon la fondation Quilliam, le premier groupe de combattants qui s’est hissé à la tête d’Al-Qaïda en Irak  se trouve  aujourd’hui  en Syrie  et a formé le Front Al-Nosra. Ce groupe s’est officialisé il y a un an à travers un message vidéo, en janvier 2012, et son leader se nomme Abou Mohammad al-Jolani ; par ce surnom, il veut montrer qu’il est issu de la région du Golan dans le Sud syrien. Personne ne le connaît et il porte toujours son masque même lorsqu’il négocie avec les leaders d’autres groupes » rebelles ».

D’après ce reportage de la Deutsche Welle, la fondation Quilliam est d’avis que le leader du Front Al-Nosra est un des extrémistes de l’entourage d’Al-Zarqaoui; c’est pour cette raison qu’ils ne veulent pas révéler sa véritable identité. Toujours selon les enquêtes de la Fondation Quilliam, les caractéristiques de l’homme mystérieux , qui se cache derrière le masque et se dit le leader du Front Al-Nosra ,sont totalement conformes à celles d’un célèbre terroriste syrien: un nommé Souleyman Khaled Derwich, 36 ans, qui a de longs antécédents en Irak.

Derwich est originaire d’une zone marginale, dans la banlieue Sud de Damas, là où vivent de nombreuses familles venues du Sud de la Syrie ainsi que des familles palestiniennes. Il semble qu’il ait aussi combattu, en 1999, en Afghanistan où il a formé un groupe «les combattants syriens». C’est à ce moment-là qu’il a fait connaissance avec al-Zarqaoui et qu’il a suivi plus tard en Irak. Derwich était responsable des ressources financières du groupe de Zarqaoui en Irak et il supervisait le trafic d’armes entre la Syrie et l’Irak. On ignore si DerWich a été tué ou s’il est toujours en vie.

Le Front Al-Nosra, non seulement ne partage pas son cadre dirigeant avec Al-Qaïda d’Irak mais aussi ses moyens logistiques. Selon Nada Bacus, «il va sans dire qu’Al-Qaïda se servait des mêmes itinéraires de trafic d’armes entre la Syrie et l’Irak qu’il avait établis durant ces dix dernières années. Il semblerait que ces mêmes itinéraires soient utilisés en sens inverses ; au lieu d’envoyer des agents de liaisons avec argent et messages secrets depuis la Syrie vers Al-Qaïda d’Irak, aujourd’hui, l’itinéraire part depuis l’Irak et aboutit en Syrie». Mme Bacus ajoute : « Il est difficile de faire la distinction entre l’Al-Qaïda d’Irak et le Front Al-Nosra… en tout cas, il est très probable qu’ils utilisent les mêmes ressources ».

Le Département d’État américain a reconnu, en décembre 2012, le Front Al-Nosra, sous l’appellation d’Al-Qaïda d’Irak et  y a vu «un effort, de la part d’Al-Qaïda d’Irak, pour confisquer la lutte du peuple syrien dans le sens de ses visées néfastes ».

Indubitablement, la croissance rapide du Front Al-Nosra ne signifie pas pour autant l’homogénéité des membres de ce groupe ; pour certains membres syriens du Front Al-Nosra, c’est la lutte contre le gouvernement Assad qui est prioritaire et non pas le «Jihad» contre les convictions religieuses d’autrui. Or, un des éléments qui a fait apprécier ce groupe en tant qu’avant-gardiste dans la lutte contre le gouvernement Assad, ce ne sont pas ses objectifs extrémistes mais sa capacité à payer ses membres et ses sympathisants.

Il n’est pas encore clair de savoir quel serait le rôle du Front Al-Nosra dans l’avenir de la Syrie. Ce qui est sûr, c’est que les membres de ce groupe ont appris de l’expérience irakienne d’Al-Qaïda, par ses revendications extrémistes et ses attentats meurtriers qui ont laissé dans leur sillage, des milliers de victimes parmi les Irakiens et qui perdra très rapidement prestige parmi les populations. Le journaliste suédois dit à ce propos : « Le Front Al-Nosra en Syrie avance davantage des objectifs locaux  pour obtenir plus de soutien… ce groupe fait tout pour occulter son appartenance à Al-Qaïda».

Quant à Mme Bacus, elle est d’avis que, contrairement à Al-Qaïda d’Irak, le Front Al-Nosra ne cherche pas à prouver sa suprématie vis-à-vis d’autres groupes rebelles ; il essaie de montrer sa capacité dans la pratique.

Il n’est pas établit que le Front Al-Nosra veuille se distinguer sur la scène internationale à travers des attentats qu’il commettrait en Europe ou aux États-Unis ou bien restreindre ses activités dans la région. Nada Bacus est d’avis que le Front Al-Nosra est en mesure d’intensifier dans l’avenir la déstabilisation de la région et ainsi favoriser l’extrémisme… Il faudra donc attendre.