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QATAR Une diplomatie au service de l’Amérique


L'émir du Qatar, Sarkozy, Obama et compagnie défendent leurs "droits de l'homme".

Ceheu
Par Ali El Hadj Tahar 


«La volonté de puissance de l’émir Hamad du Qatar n’a d’autres limites que celles fixées par l’Otan,» écrivait Gilles Munier dans Global Research, le 6 février 2012.
Ce petit Néron du petit Qatar qui ne connaissait même pas la cuillère, il y a deux décennies de cela, semble avoir une longue liste d’ennemis dans le viseur, ce broyeur de Républiques devenu un fabriquant de fausses révolutions à la chaîne, ce faiseur d’opinion qui n’en a pas une seule digne d’être suivie, ce sponsor des terrorismes qui veut battre les records des coups bas avec l’aisance dont il a déposé son propre père, ce chef d’un Etat dont on oublie de rappeler qu’il est wahhabite tout comme l’Arabie Saoudite a aussi cherché des noises à Riyadh. Durant des années, les relations de Doha avec Riyadh ont été exécrables car, ajouté au différend frontalier, les Al-Saoud n’ont pas pardonné à Hamad d’avoir fait un coup d’Etat contre son propre père : aucun monarque ne souhaite un putsch contre un autre monarque, de surcroît près de ses frontières. Puis avec ses «printemps arabes», Hamad, le dynamique, est venu animer le quotidien ennuyeux d’un roi, en liquidant Kadhafi et faisant tomber quelques pions au passage. Ensuite un autre problème surgit avec le trublion : le putsch manqué contre le Koweït et la diffusion, en février 2012, par l’agence iranienne IRIB d’un entretien enregistré clandestinement lors d’une rencontre privée entre l’émir Hamad et le défunt colonel Kadhafi (en marge du sommet arabe de Damas de 2008). Dans l’entretien, Hamad disait que «Le roi Abdallah est épuisé et incapable de contrôler le pays» et que viendrait le jour où le Qatar s’emparerait d’Al- Qatif et d’Al-Sharqiya et démembrerait l’Arabie. A Kadhafi, il confiait aussi avoir remis un rapport de la situation sécuritaire du royaume suite à la demande des Américains et des Britanniques, et qu’un soulèvement contre les Al-Saoud était «imminent», avant d’ajouter : «Le régime de l’Arabie Saoudite va s’effondrer à cause d’un monarque vieillissant qui ne permet pas aux jeunes princes d’accéder au pouvoir.» Pour le moment, l’émir et le roi ont mis ce différend de côté, préoccupés qu’ils sont par la défaite annoncée de leur projet en Syrie en dépit des 30 milliards de dollars qu’ils y ont dépensés pour acheter des voix complices à l’échelle régionale et internationale ainsi que pour l’achat des armes, programmes de communication dans les grands médias occidentaux sans parler des agences de communication et de propagande, les agents ou agences de recrutement de mercenaires comme Blackwater, la société militaire américaine spécialisée dans le recrutement des mercenaires. Lorsqu’ils échoueront en Syrie, ils trouveront une autre victime, le Mali et quelques-uns de ses voisins étant déjà prêts à être embrochés, et pourquoi pas le Liban qu’Israël tient à émietter ou la Jordanie, considérée par l’Etat hébreu comme la seule patrie des Palestiniens.
Des conflits comme mode de gouvernance 
Plusieurs officiels occidentaux importants admettent l’implication d’Al-Qaïda en Syrie : le directeur du renseignement de l’Union européenne, Patrice Bergamini, a reconnu (dans une interview accordée vendredi 17 août au quotidien libanais Al-Akhbar) que des djihadistes y activent. Même en Turquie et en Jordanie, les bases contrôlées que les gouvernements de ces pays leur ont créées risquent de déborder comme cela se passe au Liban où l’armée a dû sortir ses blindés pour reprendre le contrôle de Tripoli. Ils comprennent maintenant qu’ils ont été bernés par ce Qatar qui croyait que sa campagne en Syrie serait une promenade comme en Libye, et qu’une horde appelée «Armée syrienne libre» sans armes lourdes ni soutien populaire puisse ébranler une armée nationale de 200 000 hommes rompue aux arts de la guerre. Les Syriens savent que face à un nombre plus élevé de terroristes, l’Algérie a pu éradiquer la peste djihadiste. Certes en Syrie, la mission de l’armée est plus difficile car il s’agit d’une guérilla urbaine et donc d’essayer d’éradiquer les terroristes sans toucher les civils. En tout cas, les soldats syriens n’ont pas déserté, ce qui montre que le peuple est aussi avec son gouvernement, malgré les primes faramineuses promises par Doha aux traîtres : 1 million de dollars pour les officiers ! La situation au Mali est, quant à elle, de plus en plus inquiétante, d’autant que les terroristes recrutent des enfants dans leurs rangs. Le financement des groupes terroristes par Doha est un secret de Polichinelle, et selon Le Canard enchaîné, qui a révélé l’information, l’émirat du Qatar aurait des visées sur les richesses des sous-sols du Sahel. Le Qatar est actionnaire dans Total auquel le nouveau gouvernement libyen aurait déjà promis 35% de ses ressources pétrolières. Roland Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po à Paris, écrit : «De la même façon que le Qatar a fourni des forces spéciales pour entraîner une opposition à Kadhafi, on pense qu’un certain nombre d’éléments des forces spéciales qataries sont aujourd’hui dans le Nord-Mali pour assurer l’entraînement des recrues qui occupent le terrain, surtout Ansar Dine.» Tandis que le journal Malien L’Indépendant du 6 avril (le lendemain de l’enlèvement du consul d’Algérie) écrivait qu’un cargo qatari avait atterri à l’aéroport de Gao pour livrer des armes et des stupéfiants aux rebelles, d’autres sources maliennes parlent même de plusieurs cargos à des dates différentes, ajoutant que des islamistes affluaient du sud du Niger, du Tchad et du Nigeria (Boko Haram) vers le nord du Mali. Ainsi donc, Hamad fera d’une pierre plusieurs coups, car il ne voudra pas épargner le président Oueld Abd Al Aziz de Mauritanie qui a osé le remettre à sa place, en lui disant de s’occuper de ne pas s’ingérer dans les affaires des autres peuples. Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Ali Abdullah Saleh du Yémen ont tous accusé le Qatar d’avoir planifié et mis en exécution les soulèvements et les violences qui ont ébranlé leurs pays : étaient-ils mal informés par leurs services de renseignements ?
L’émir «révolutionnaire» n’est pas un zaïm
Dans les pays arabes et musulmans, la diplomatie est presque synonyme d’angélisme et se caractérise par la préservation des bonnes relations entre les peuples tout en veillant aux intérêts communs. Par contre, c’est le cynisme et l’égoïsme qui caractérisent la politique étrangère du nouvel intrus qui vient bouleverser toutes les cartes, profitant de la faiblesse ou de la tolérance des frères. Loin est la période où l’Algérie envoyait ses ministres des affaires étrangères régler des problèmes régionaux, comme entre l’Irak et l’Iran, quitte à ce qu’un ministre tombe en martyr du devoir. Benyahia a été assassiné car il voulait mettre fin à une guerre inutile entre deux pays musulmans poussés par les Etats-Unis et leurs valets du Golfe qui ont instrumentalisé Saddam Hussein avant de l’abattre. L’Algérie n’est plus que l’ombre du pays des martyrs, plus que le spectre invisible dont on ne montre même pas le drapeau lors des réunions internationales. Dépendant de la Bourse qatarie et américaine, l’Égypte elle aussi n’a plus que l’ombre d’un président en la personne d’une girouette islamiste. Qui doit son fauteuil à Hamad ne peut le contredire. Comme l’émir qatari, Morsi est pour la Palestine mais il ferme les tunnels qui mènent à Ghaza empêchant ainsi le transit des biens vers la région sous embargo. Président copié-collé, petit clone d’un Qatar par les complots devenu grand. Pion du même clan de la soumission à Israël et aux Etats-Unis… Les Arabes se demandent comment de grands pays comme l’Égypte, l’Algérie et l’Irak sont devenus si petits et comment un si petit Qatar soit devenu si puissant. Et si arrogant. Comme si le Liechtenstein ou Monaco pouvait défier l’Allemagne ou la France. Mais Doha a un modèle en tête : l’Etat d’Israël, dont la puissance est bâtie sur une même attitude hégémonique et suffisamment d’argent pour dominer le monde… La diplomatie qatarie n’est que la traduction d’une politique étrangère américaine qui essaie de sauver le système unipolaire qui fait encore des Etats-Unis le gendarme du monde. En dépit de leur agitation, les Etats-Unis ne font que retarder l’échéance de la future domination planétaire par la Chine et par une Russie qui se repositionnent après leur sortie du communisme. Le XXe siècle n’a été un siècle américain qu’à moitié et il n’est même pas dit que les Etats-Unis domineraient tout le XXIe, en tout cas certainement pas sur le plan économique. Mais peut-on dominer militairement face à la Chine et à la Russie si on ne les domine pas économiquement ? Le Qatar ? Il ne reviendra probablement pas de sitôt à ses dromadaires et à sa pêche mais son avenir dépend du futur de ses maîtres. Son rôle est de battre le tambour, haut et fort, pour faire croire à la primauté des Etats-Unis d’Amérique qui recrée des Pearl Harbour sur son sol pour se donner la légitimer de bombarder qui elle veut. Ce terrorisme américain nécessaire à l’instauration du nouvel ordre mondial ou du Grand Moyen-Orient, il lui fallait l’assistance de l’Arabie Saoudite et d’un cynique comme le Qatar pour qu’il convainque encore quelques dupes. Une volonté d’existence se transforme en volonté de puissance puis d’influence, y compris par les moyens violents de l’ingérence militaire. Or, le Qatar aurait pu facilement être un catalyseur puissant pour le monde arabe, un moteur, une locomotive précieuse pour l’entraîner de l’avant, le fédérer, le souder, le magnifier, mais il a préféré jouer le rôle contraire, saper une union fragile, aggraver les conflits, attiser les violences, ranimer les inimitiés et les vieilles rancœurs, faire le contraire de ce qu’ont fait tous les bâtisseurs d’empires, du moment qu’il a cette prétention. La Turquie d’Erdogan a aussi cette prétention, chacun voulant être le leader d’une même région disposée à se laisser conduire, vers la réussite ou vers l’abattoir, une région qui cherche un guide éclaireur ou un meneur aventuriste comme ceux qu’elle a déjà eus. Pourtant autrefois, des califes qui n’avaient même pas l’infime partie de la richesse de Doha ont pu créer la dynastie omeyyade, la dynastie abbasside, celle des Hammadides ou de la fière Andalousie… Hamad l’anti-calife plein de sous. Quel échec dans autant de réussites ! Le Qatar a réussi à se hisser au rang de pays riche, mais il ne dispose pas d’un savoir-faire scientifique ou technologique. Hamad, quant à lui, s’est propulsé sur la scène internationale comme le leader arabe le plus visible. De facto, il est devenu le premier représentant d’une nation depuis longtemps sans zaïm, et ce, grâce à une chaîne et de l’argent qui lui ouvrent les portes du monde. Mais ce faux électron libre n’est pas devenu zaïm car la rue arabe ne lui a pas donné cette légitimité octroyée à Nasser, Boumediène, Bourguiba, et même Saddam Hussein, Kadhafi et Ben Ali. Il a trahi des peuples qui attendent impatiemment leur nouveau zaïm comme les chiites attendent leur imam caché. Ç’aurait été tellement facile pour Hamad de devenir une idole, un zaïm éclairé, mais il préfère être un pantin d’Obama. Il préfère agir comme un pirate à l’ère de la razzia ; en prédateur alors qu’il dispose de richesses immenses qu’il accumule sans en jouir ou les partager. 
lesoirdalgerie.com

A. E. T.