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QATAR Une politique étrangère de la carotte et du bâton


Par Ali El Hadj Tahar 

 

Ces coups d’Etat que le Qatar appelle «printemps arabes», apparemment un slogan publicitaire sorti d’Al Jazeera, sont le résultat d’une stratégie ancienne des Etats-Unis d’Amérique appelée Nouvel ordre mondial (NOM) chère à l’initiateur de la première guerre contre l’Irak, George Herbert Walker Bush.
Dans ce vieux projet viendra s’inscrire le projet du Grand Moyen-Orient (GMO) du fils, George W. Bush, et qui vise la restructuration géopolitique de l’espace s’étendant du Maghreb et de la Mauritanie au Pakistan et à l’Afghanistan, en passant par le Moyen et Proche-Orient, péninsule arabique incluse. En effet, le 26 février 2003, l’ex-président américain a évoqué le concept de «remodelage du Grand Moyen-Orient» devant une réunion de néoconservateurs de l’American Enterprise Institute (AEI), avant de le développer le 9 mai 2003 dans un discours à l’université de la Caroline du Sud. Du moment que les victimes et les bénéficiaires étaient connus, tout était donc inscrit dans le projet du GMO, probablement même l’attentat du Word Trade Center qui a eu lieu en 2001, et qui n’est que la continuation du NOM de son père, l’auteur de la première guerre contre l’Irak. Puis les agents et les supplétifs sont entrés en action, chacun avec son rôle, le Qatar comme financier et propagateur de fatwas par Al Jazeera interposée. La Libye était le gros lot à conquérir, quitte à faire tomber quelques amis au passage : un Ben Ali et un Moubarak pas trop engagés en matière d’islamisme, cependant. Cela permettra en même temps d’éloigner la Russie et la Chine qui se faisaient trop présents en Afrique du Nord. Profitant de l’état de déliquescence d’une planète qui cherche son sens de gravité, où les puissances arabes ont été rétamées par l’affaiblissement de leur ancien soutien (la Russie) et par la crise économique, le Qatar a pu s’imposer en jouant de plus en plus risqué, avec une politique de la canonnière dont il ne mesure pas les conséquences ni les retombées sur son peuple et ses autres alliés arabes. Cheikh Hamad Al-Thani n’est probablement pas conscient qu’il commence sérieusement à irriter les masses arabes, même à Ghaza où ses portraits ont été brûlés par des citoyens mécontents de l’ingérence de Doha tandis qu’en Mauritanie, en janvier dernier, c’était le président Ould Abd Al Aziz lui-même qui a carrément dit à l’émir Hamad de ne pas s’ingérer dans les affaires de son pays.
Rabat et Amman menés en bateau
Pour le moment Rabat et Amman ne font que donner sans rien recevoir du Qatar : ils votent toutes les décisions qataries contre la Syrie et ont mis leurs médias publics au service de la propagande anti-syrienne mais ils attendent toujours les dividendes de cette implication et de leur récente admission au Conseil de coopération du Golfe (CCG). Les échanges entre le Maroc et le Qatar ne dépassent pas les 50 millions d’euros par an mais depuis qu’El-Assad est dans son viseur, Doha a promis à Mohammed VI de développer ces échanges et investissements avec, notamment, la création d’une société d’investissement commune et la coopération dans le tourisme et les mines. Hamad a fait trop de promesses aux quatre coins du globe, et il est improbable que toutes soient tenues. En 2010, Al Jazeera critiquait le royaume et quelques mois plus tard Hamad offre à Mohammed VI des cadeaux d’investissement ! Le bureau de la chaîne qatarie à Rabat est toujours fermé mais les promesses d’investissement ont débloqué la situation. Promesses… La Jordanie a aussi été intégrée dans le CCG, alors que le Yémen voisin n’en fait pas partie. Elle ne fait, elle aussi, que donner en soutenant et accueillant les terroristes anti-Assad, au risque de créer des troubles sur son territoire comme c’est le cas au Liban. Pour tout ce qu’elle fait contre la Syrie, Amman n’a encore perçu aucun sou de Doha ni de Riyadh et a dû demander une aide internationale pour l’aide «humanitaire» octroyée aux réfugiés syriens ! Fin août, le ministre jordanien du Plan et de la Coopération internationale, Jaâfar Hassan, a lancé un appel à la communauté internationale en affirmant que son pays aurait besoin de 700 millions de dollars pour accueillir jusqu’à 240 000 Syriens, la question des réfugiés étant devenue un juteux fonds de commerce. Un chiffre jordanien est au moins vingt fois plus élevé que celui donné par Damas au sujet des réfugiés chez ce voisin qui veut apparemment faire de la surenchère et relancer un Qatar qui n’a pas encore mis la main à la poche. L’Algérie aide les Sahraouis depuis plus de trente ans, et la Syrie héberge plusieurs milliers de Palestiniens depuis vingt ans sans rien demander ! Le camp Zaâtar en Jordanie est un ghetto dans un désert balayé par la poussière et les vents, un no man’s land indigne de l’accueil de réfugiés frappés par le malheur et chassés de leurs maisons par ces mêmes terroristes qui se cachent en Jordanie, en Turquie et au Liban. De plus, le quotidien saoudien Al-Yaoumvient d’accuser certains de Saoudiens de se rendre dans ce camp pour épouser les filles mineures syriennes, moyennant 500 à 1 000 rials de dote. Il accuse ces «profiteurs qui exploitent les besoins de leur frères en arabité et en religion» d’acheter des filles «au marché des esclaves de l’exode forcé» ! La Syrie a successivement accueilli 500 000 Palestiniens, un million de Libanais et deux millions d’Irakiens sur son sol et ne leur a pas planté des tentes, comme elle n’a pas fait du commerce médiatique avec des problèmes humanitaires et la dignité d’un peuple. L’Armée syrienne libre (ASL) a chassé des dizaines de milliers de Syriens vers les pays voisins pour gonfler les camps dressés pour discréditer le gouvernement syrien et l’accuser de crimes humanitaires. 800 femmes ont été violées dans ces camps qui servent également d’abris aux terroristes : c’est pourquoi la visite est interdite aux médias ! En août dernier, une délégation du Parti républicain du peuple, le principal parti d’opposition en Turquie, s’est vu refuser l’accès à un de ces «camp de réfugiés». Kemal Kilicdaroglu, le chef du parti a alors accusé le gouvernement de former des combattants contre l’Etat syrien : «J’ai envoyé nos députés inspecter le camp dont on disait qu’il était plein d’agents et d’espions, mais les autorités leur ont dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans le camp. Maintenant, j’attends une réponse du gouvernement : qu’est-ce qu’il y a dans ce camp ? Qui entraînez-vous dans ce camp ? Recrutez-vous des hommes pour répandre du sang musulman ?» Patrice de Plunkett écrit dans Valeurs Actuelles qu’à Homs «90% des chrétiens mais aussi les alaouites et nombre de musulmans modérés, ont été forcés de partir sans rien emporter». Mêmes modes opératoires que celui des terroristes qui ont sévi en Algérie.


Les amis d’Al-Qaïda, ces combattants de la liberté !
Le Qatar est loin du champ des affrontements, pas le Liban, ni la Jordanie, ni la Turquie, qui sont en train de méditer leur engagement contre un peuple, qui ont permis l’assassinat de milliers de Syriens et l’exil de milliers d’autres. Contaminés par le Qatar qui arrose qui il veut et mène en bateau qui il veut. Il semblerait que même Rafik Hariri, Samir Jaja et le groupe du 14 Mars n’ont pas encore reçu un seul sou pour le soutien qu’ils accordent aux terroristes venus des quatre coins du monde et hébergés dans un Nord-Liban transformé en califat de non-droit, avec des combats de rue à Tripoli entre terroristes et opposants à la re-libanisation du pays. Pour l’Algérie, l’AFP avait donné le chiffre incroyable de 12 000 réfugiés syriens, repris par toute la presse nationale, et même le chiffre de 5 000 donné par une organisation algérienne semble très gonflé. D’après Les Débatsdu 11 août, une enquête aurait été ouverte par les services de sécurité au sujet des réseaux de passeurs des «réfugiés syriens». Les sources du journal algérien indiquent que des «associations à caractère prétendument caritatif qataries et saoudiennes seraient derrière» et que certains djihadistes se faufileraient sous le couvert de réfugiés. Comme le wahhabisme qatari et saoudien est compatible avec les intérêts américains, assurant une quiétude définitive qui prémunit des vraies révolutions populaires et nationale — comme l’assuraient les dictatures imposées au Chili, à l’Argentine et à de nombreux autres pays sud-américains et africains —, l’islamisme à la mode saoudo-turco-qatarie béni par les Etats-Unis fait l’affaire de tous les Occidentaux séduits par la nouvelle «démocratie islamique» concoctée pour nous. Alors on voit même leurs philosophe-guerrier, BHL, et leurs reporters droits-de-l’hommistes faire des photos souvenirs avec des membres d’Al-Qaïda en armes sur les terrains de Libye et de Syrie. Les djihadistes ont même fait leur baptême du Festival de Cannes en compagnie de BHL, masqués et probablement rasés pour que nul ne les identifie. L’option armée des «printemps arabes» a l’avantage d’être juteuse pour le complexe militaro-industriel occidental, d’autant que le supplétif qatari paie la facture. L’option pacifique d’une fuite à la Ben Ali ou à la Moubarak n’arrange pas trop les choses, surtout s’il n’y a rien à reconstruire et aucun arsenal à piller ou à reconstituer. Il était temps de présenter les amis d’Al-Qaïda à l’opinion publique, en jurant qu’ils ont changé… S’agissant de l’Occident, bien sûr, car en terre islamique leurs fatwas sanguinaires sont plus valables que jamais. Fatwas homologuées par Sarkozy, Hollande et Obama, désormais admirateurs de la chaîne Al Jazeera et amis d’Al-Qardaoui mais chez lui, à Doha. Les pertes collatérales ultérieures, un ambassadeur et trois fonctionnaires, d’une ambassade en Libye seront prises en charge par l’assurance-vie et les dédommagements dus aux héros de la nation…
A. E. T.
(A suivre)
1.http://www.dailymail.co.uk/news/article-2196933/MI5-stops-British-extremists-joining-Syria-concerns-return-home-deadly-skills.html
2.http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/JA2666p027.xml0/algerie-maroc-mauritanie-tunisiele-qatar-investit-au-maghreb.html

lesoirdalgerie.com