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Que se passera-t-il après les élections en Irak? ?


Publié par Gilles Munier sur 24 Octobre 2021, 08:40am

Catégories : #Irak

Par Dr. Salem Al Ketbi (revue de presse : Agoravox – 22/10/21)*

Les récentes élections législatives anticipées en Irak ont donné lieu à un nouveau paysage politique, les sadristes étant arrivés en tête du scrutin. Le bloc de Muqtada Al Sadr a obtenu une sorte de victoire électorale, ayant remporté 73 des 329?sièges parlementaires, soit 22 % du total des sièges parlementaires et environ 35 % de sièges supplémentaires par rapport aux élections de 2018.

La présence des « ?Sadristes? » en tête du résultat n’est pas surprenante pour les observateurs des affaires irakiennes, et pas seulement compte tenu de la force de ce courant chiite et de son histoire électorale depuis 2003.

Mais aussi compte tenu des interactions de la scène politique intérieure au cours des deux dernières années, notamment à travers les grandes manifestations qui ont eu lieu dans le pays en octobre 2019.

Certains critiquent Muqtada Al Sadr, le leader du mouvement le plus populiste d’Irak, pour ses manœuvres politiques qui ne permettent à personne de connaître à l’avance ses positions et son comportement politique sur n’importe quelle question ou dossier.

Cependant, il est plus clair que Muqtada Al Sadr veut défendre la souveraineté de l’Irak et limiter l’ingérence étrangère dans les affaires internes du pays. Autant de tendances qui coïncident avec les demandes et les appels des protestataires lors des manifestations de 2019.

Le message le plus important des récentes élections législatives en Irak a été le rejet clair de l’ingérence iranienne dans les affaires intérieures du pays. La participation électorale des loyalistes de l’Iran a diminué de façon spectaculaire.

Parler d’« ?erreurs? » ou d’« ?irrégularités? » dans le processus de comptage ne change pas la puissance du message provenant de ceux qui se sont rendus aux urnes lors de la dernière élection. Ceci est en contraste avec un autre message que l’électeur irakien a poussé à la formation d’une nouvelle carte politique au sein du parlement irakien.

Les pourcentages de certains politiciens connus tant chez les Irakiens que chez les Arabes ont dégringolé. Les cinquièmes élections parlementaires depuis 2005 ont un statut particulier car elles ont suivi les manifestations de 2019 qui ont remodelé la conscience collective des Irakiens et les mécanismes du processus électoral dans la loi électorale et dans les nouvelles circonscriptions.

Par conséquent, les résultats ne doivent pas être comparés aux cycles électoraux précédents. Les forces politiques irakiennes devraient également les traiter de manière à préserver l’intérêt public et chacun devrait respecter les règles des urnes sur lesquelles il s’est mis d’accord.

Il n’est pas logique que les résultats soient acceptés s’ils sont dans l’intérêt de tel ou tel courant, et rejetés s’ils sont contraires à leurs intérêts. La conscience du peuple irakien, le développement politique et le rôle des jeunes générations ne doivent pas être négligés dans toute tentative de comprendre le résultat des dernières élections parlementaires.

Si le peuple veut un changement, son message ne doit pas être compris dans le cadre des théories du complot. Ceux qui ne se sont pas qualifiés pour l’élection devraient étudier la situation attentivement et trouver les causes réelles, au lieu de sauter aux conclusions et de faire des analyses infondées. Il est évident que la baisse de la participation à cette élection est liée au changement.

En d’autres termes, ceux qui se sont rendus aux urnes ont voté pour les pouvoirs qui ont raflé le slogan du changement, la lutte contre la corruption et rejeté la domination des milices hors du contrôle de l’État. C’est une évidence au vu de la situation en Irak.

Ceux qui nient ces données veulent « ?façonner? » la pensée des Irakiens et répondre à leur désir de changement sans leur proposer d’alternative. Le gouvernement Kadhimi a réussi à organiser des élections qui se sont passées dans le calme et ont eu lieu aux horaires annoncés précédemment.

Il s’agit en soi d’une étape positive importante dans le développement de l’Irak. Il est également vrai que les résultats de ces élections représentent un séisme politique dans tous les sens du terme. Ils sont en train de remodeler la carte politique irakienne. De plus, les défaites politiques majeures de certains leaders et factions chiites confirment le message que les irakiens ont annoncé depuis 2019.

Mais le problème réside dans le refus de certains dirigeants de reconnaître l’effondrement de leur popularité. Les données préliminaires suggèrent que les choses se dirigent vers une crise.

Quelles que soient les conséquences de cette crise, on espère que tout le monde mettra en avant les intérêts du peuple irakien, ses espoirs de changement, d’amélioration des conditions de vie et de se débarrasser de l’emprise des milices passant outre la souveraineté nationale.

La force de l’Irak dans son environnement régional et international ne se fera que si ce grand pays arabe retrouve sa sécurité, sa stabilité et son unité interne.

Salem Al Ketbi est un analyste, chercheur et rédacteur émirati. Son site : ICI

*Source : Agoravox

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