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Quelque chose ne tourne pas rond au sein de l’ONU !


Mercredi 5 novembre 2014
Quelque chose ne tourne pas rond au sein de l’ONU ! Déclaration de M. Bachar al-Jaafari Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

Global Research
Le fléau Daech en Syrie et en Irak
Quelque chose ne tourne pas rond
au sein de l’ONU !

Déclaration de

M. Bachar al-Jaafari

Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

suite à la réunion du Conseil de sécurité

concernant la situation en Syrie

– 30/10/2014 –

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, pour la première fois, le Conseil de sécurité a tenu une réunion conjointe entre des humanitaires et des politiques traitant de ce que l’on désigne communément par « la crise syrienne » [1]. M. Staffan de Mistura s’est exprimé suite à l’intervention par visioconférence, à partir de Genève, de Mme Kang Kyung-wha, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence de l’OCHA [Bureau de la coordination des affaires humanitaires].

Nous pensons que c’est là une évolution positive dans la mesure où les membres du Conseil de sécurité pourront examiner, à la fois, l’aspect politique et l’aspect humain que M. De Mistura [Envoyé spécial de l’ONU auprès de la Syrie] vient juste de vous exposer [2].

Nous ferons cependant deux remarques sur ce qui a été dit au cours de la session d’aujourd’hui :

La première remarque concerne Mme Kyung qui, lorsqu’elle a souligné le fait que la violence avait atteint des niveaux sans précédent, n’a pas précisé les raisons de cette escalade. Elle a parlé du nombre croissant de ce qu’elle a qualifié de « réfugiés » ou de « personnes déplacées », mais n’a pas précisé les raisons qui ont fait que ces millions de Syriens ont fui leur pays, leurs villes ou leurs villages. Elle a parlé des bombardements terroristes à Homs qui ont tué nombre d’enfants innocents devant leur école, mais n’a pas précisé qui en étaient les auteurs [3].

C’est cette manière de s’alarmer devant les événements sanglants frappant la Syrie qui pose un problème éthique et moral, à nous-mêmes, comme au gouvernement syrien.

Nous aurions souhaité que le personnel du Secrétariat soit plus neutre quant à ses prises de position concernant les actions terroristes en Syrie ; d’autant plus qu’aujourd’hui, après une longue période de déni, la dite « Communauté internationale » a fini par en arriver à la conclusion que ce que le gouvernement syrien disait depuis des années était la stricte vérité : « Nous sommes confrontés à des mercenaires venant de 83 pays. Nous sommes confrontés à des terroristes venant du monde entier » !

Des terroristes entrainés dans des « camps secrets » ou plutôt, qui étaient secrets, puisque c’est maintenant chose publiquement déclarée en Jordanie, en Turquie et en Arabie saoudite. De plus, nous savons que leurs instructeurs et leurs superviseurs sont des Étasuniens, des Britanniques et des Français. Il n’y a donc plus de secrets, ni sur l’identité de ceux qui soutiennent les terroristes en Syrie, ni sur les principales raisons de l’afflux des terroristes du prétendu EIIL, de l’EI, de Jabhat al-Nosra ou de n’importe quelle autre organisation de ce type.

Plus personne ne peut se laisser convaincre qu’un terroriste australien qui a quitté Sydney pour se retrouver 24 heures après dans les environs de Damas ou d’Alep à se battre contre le gouvernement du pays, est un « rebelle syrien » ; mais certains, notamment les porte-paroles du Secrétariat, persistent à qualifier ainsi l’Australien, le Français, le Saoudien, le Libyen, le Tunisien ou le Turc rendus en Syrie. Je ne sais comment ils peuvent combiner ces deux identités contradictoires pour un même terroriste !

Nous avons donc là un problème éthique qui devrait être traité au niveau des représentants du Secrétariat [de l’ONU].

La deuxième remarque concerne M. De Mistura dont nous saluons les efforts en espérant en savoir plus sur ses propositions pour un « règlement politique » dans un avenir proche. Bien sûr que c’est d’un tel règlement que nous avons besoin, mais si nous voulons faciliter sa tâche, celle du gouvernement syrien et celle des membres du Conseil de sécurité, nous devons aborder la question dans son ensemble et d’une manière globale.

Nous ne pouvons pas nier le rôle destructeur de la Turquie en Syrie. Nous ne pouvons plus ignorer que la Turquie facilite l’entrée des terroristes de L’EIIL et de Jabhat al-Nosra sur notre territoire. Nous ne pouvons plus ignorer et ne pas condamner le fait que les politiques du gouvernement turc sont derrière cette escalade de la violence en Syrie.

Je ne comprends pas comment quiconque en ce monde peut tolérer ce genre de politique irresponsable du gouvernement turc, surtout après avoir entendu le président turc poser ses quatre conditions préalables à toute participation à la lutte de la Communauté internationale contre Daech et le terrorisme à Aïn al-Arab/Kobané, [Création d’une zone tampon, qualifiée ensuite de zone de sécurité, en territoire syrien ; doublée d’une zone d’exclusion aérienne dans le Nord de la Syrie ; refus de toute autonomie kurde, le Parti de l’union démocratique (PYD) étant considéré comme une organisation terroriste ; renversement du gouvernement syrien et, plus particulièrement, du Président Bachar al-Assad ; NdT].

Ces conditions constituent une violation de la Charte des Nations Unies et des principes du droit international, mais toujours pas de réaction de la part du Secrétaire général Ban Ki-moon, ni de n’importe lequel de ses assistants ou experts de haut niveau.

Quelque chose ne tourne donc pas rond dans cette organisation, d’autant plus que ces violations sont d’ordre éthique et non seulement d’ordre politique ou humanitaire.

La souffrance vécue par le peuple syrien n’est pas due au bazar ou au cirque que nous raconte, parfois, cette organisation [OCHA]. La souffrance du peuple syrien devrait être considérée et traitée d’une manière plus sérieuse qu’elle ne le fait. M. De Mistura a souligné qu’à Damas il avait entendu maintes fois répété le mot « Khalas » qui veut dire : « assez !».

Assez d’aider les terroristes à traverser nos frontières à partir de la Jordanie, du Liban et de la Turquie !

Le fléau Daech auquel sont confrontés le peuple irakien et le peuple syrien devrait appeler la dite Communauté internationale à des déclarations plus sérieuses concernant la lutte contre le terrorisme dans le cadre des résolutions 2170 et 2178, alors qu’il apparaît que des mois après l’adoption de ces deux résolutions par le Conseil de sécurité, ni le gouvernement turc, ni le gouvernement saoudien, ni même le gouvernement jordanien qui est membre de ce Conseil, n’ont tenu compte du contenu de ces deux résolutions de l’ONU.

C’est pourquoi j’ai dit que quelque chose va mal dans cette organisation, là où nous avons besoin d’ouvrir les yeux sur les faits, pour ne pas aboutir à des analyses erronées sur ce qui se passe en Syrie.

Aujourd’hui, la priorité est de mettre fin à ces actions irresponsables et provocatrices du gouvernement turc à l’égard de la Syrie en dépit des résolutions 2170, et 2178. Nous ne pouvons pas continuer à pratiquer une telle sélectivité et combattre le terrorisme. Être sélectif signifie que vous n’êtes pas sérieux dans votre combat contre le terrorisme !

Je suis à votre disposition.

Dr. Bachar al-Jaafari

Délégué permanent de la Syrie auprès des Nations Unies

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