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Sale temps pour les Américains à Bagdad.


 par Gilles Munier (Afrique Asie – mars 2012)

La « guerre annoncée » contre l’Iran et « l’axe chiite » oblige Nouri al-Maliki à se débarrasser du maximum de « contractors », ces mercenaires occidentaux qui pullulent en Irak, et de surveiller les déplacements des agents de sécurité de l’ambassade US.

Plusieurs dizaines de milliers de « contractors »– mercenaires – américains ou étrangers, employés par des sociétés militaires privées (SMP), détestés par la population, sont toujours en Irak. Fin 2011, avant le départ du gros des troupes d’occupation étasuniennes, leur nombre était supérieur à celui des GI’s. Nouri Al-Maliki qui peut difficilement se passer d’eux en matière de sécurité et de défense, craint à juste titre qu’ils participent à la déstabilisation de son régime en cas de bombardements de centres nucléaires iraniens par Israël, d’intervention étrangère armée en Syrie, ou d’attaque généralisée de « l’axe chiite » par l’Otan.

Le temps où les « contractors » roulaient des mécaniques, au-dessus des lois, est donc révolu. Ils sont plus que jamais dans la ligne de mire des services secrets irakiens et iraniens qui guettent la moindre incartade de leur part pour les faire expulser, et qui n’hésiteront pas à les interner si l’Iran est attaqué.

Dès la semaine précédent le départ des GI’s, Ahmad, le tout-puissant fils de Nouri al-Maliki, a expulsé de la Zone verte des sociétés étrangères et les mercenaires qui s’y trouvaient et en a profité pour placer des chars près du domicile des opposants sunnites pro-américains. Les responsables des check-points ont l’ordre de vérifier scrupuleusement les identités, la validité des visas, les autorisations de déplacement et de port d’armes des étrangers.

Finis les passe-droits

Début décembre, une équipe de mercenaires de la SMP Triple Canopy, liée par contrat au Département d’Etat étasunien, a été arrêtée sur la route de Taji. Ils ont été détenus 18 jours dans des conditions exécrables pour eux  – nourriture servie sur le sol crasseux de leur cellule, riz plein d’insectes – … mais de loin préférables à celles réservées aux opposants irakiens. Mark Fisher, un ancien sergent fidjien, arrêté avec deux Américain et douze Irakiens, a accusé ses geôliers de « tortures mentales »… et leur a reproché d’avoir dû passer Noël en prison. Il a fallu l’intervention du congressiste républicain amérivain Peter King pour les libérer.

Début janvier, une centaine de « contractors »a été retenue pendant quelques jours à l’aéroport de Bagdad dans des cellules de la police des frontières. Certains faisaient partie de la sécurité de l’ambassade des Etats-Unis. Pour ne pas dramatiser la situation, James Jeffrey, l’ambassadeur, a parlé d’« ennuis » à porter au compte du « manque d’expérience » des fonctionnaires irakiens, des « lenteurs bureaucratiques ». Pour Latif Rashid, conseiller du président de la République irakienne, les étrangers débarquant à Bagdad sont dans des conditions semblables à celles d’un Irakien se rendant aux Etats-Unis dans le cadre de son travail. Finis les passe-droits !

Tuez-les, sans sommation

Le 16 janvier dernier, quatre officiers américains, dont deux femmes, travaillant à l’ambassade qui effectuaient, selon eux, une patrouille de routine dans une BMW bourrée d’armes, ont été arrêtés près du domicile de Saleh Abdul Razzak, gouverneur de Bagdad, membre important du parti Dawa. Celui-ci les accuse d’avoir cherché à l’assassiner. Il exige désormais que les agents de sécurité US soient accompagnés par des policiers irakiens dans leurs déplacements. Sinon, il autorise les forces de l’ordre à les tuer… sans sommation ! Moqtada al-Sadr lui a apporté son soutien et appelé ses partisans à surveiller les étrangers. Le leader chiite estime que de nombreux assassinats inexpliqués sont l’œuvre des services secrets américains.

Les arrestations d’ « agents américains » étant bien vues de l’opinion publique, le ministère de l’Intérieur – dont Maliki assure l’intérim depuis les dernières législatives – accuse maintenant les sociétés de militaires privées étrangères de « porter atteinte à la sécurité de l’Etat », voire de servir de couverture au Mossad. C’est loin d’être une découverte ! Le 1er février, sur Al-Manar, la chaîne du Hezbollah libanais, plusieurs dirigeants chiites irakiens, ayant servi l’occupation sans broncher, abondent dans ce sens pour se refaire une virginité à bon compte(1).

(1) Reportage vidéo de Al-Manar « Irak: Le Mossad israélien dans les sociétés sécuritaires »

http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?cid=20&eid=48439&fromval=1