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Silence complice


Nadjib Stambouli

Silence complice

L’humanité entière et la planète bleue qui la contient devraient se vêtir de rouge, de honte évidemment, devant ce qui se passe à Ghaza. Cette bande territoriale de la Palestine, pour la deuxième fois en quatre ans, période à laquelle avait été déployé le sinistrement célèbre plan «plomb durci», redécouvre les affres des bombardements avec leur lot de tueries, de larmes et de deuils. Le terrorisme d’état n’est pas qu’une figure de style et les Palestiniens n’ont pas fini d’éprouver dans leur chair la mise en pratique de la sauvagerie érigée en mode de gestion des rapports entre pays voisins. S’il est vrai que ce n’est pas avec des sentiments qu’on régit les relations internationales, par contre tuer des enfants, des femmes et des vieillards, par nature innocents, qui ne portent ni armes ni menaces, relève d’une folie meurtrière qu’on croyait à jamais révolue depuis l’ère du nazisme, retournement de l’Histoire, ou du colonialisme. A toute cause malheur étant bon, il est heureux d’apprendre que cette tragédie a réussi à ressouder les rangs des courants palestiniens et il est en même temps triste de constater qu’il faille passer par ce détour dramatique pour cimenter cette (ré) union sur les décombres d’une ville dévastée, sur fond de cris et de pleurs. Hormis cette parenthèse en partie réconfortante, le plus difficile à accepter, même si sur ce registre l’entité sioniste n’en est pas à son premier crime à ciel ouvert, est ce silence complice de la communauté internationale                qui ne dit mot pour condamner fermement ce massacre éhonté, cette fabrique de deuils à l’échelle industrielle et cette attitude de flagrant mépris à l’endroit de cette communauté. Depuis longtemps, l’Occident et, ne l’oublions pas, ses valets des monarchies du Golfe a d’abord inventé, ensuite appliqué avec zèle, la solidarité à la tête du client et son corollaire, la dénonciation sélective. Avec Ghaza, se déploie dans toute sa splendeur hypocrite cette doctrine de double face, les mêmes puissances qui dénonçaient avec véhémence des incidents frontaliers qui ont le statut de broutilles, manifestant cette fois-ci au mieux une timide remontrance, s’adressant aux deux «camps» qui plus est, au pire, et c’est la position la mieux partagée, un silence complice devant ce carnage ciblant des innocents, devant cette agression contre l’humanité et sa conscience, si tant est qu’il lui en reste, de conscience. Encore une fois, preuve est donnée, n’en déplaise aux bonnes consciences et aux professions de foi solidaires, que l’élément humain, surtout ses souffrances, ne pèse qu’un poids négligeable devant les calculs politiques et les considérations d’intérêt, ces dernières convergeant toutes vers celles de l’entité sioniste. Il est de notoriété publique, et seuls quelques rares analystes occidentaux osent le reconnaître, que cette agression est inscrite en droite ligne de la stratégie électorale de Netanyahu, qui joue sur la fibre externe pour racoler le maximum de voix au très prochain scrutin. Mais, ceci dit, jusqu’à quand va-t-on se lamenter sur notre sort comme des midinettes, en nous complaisant dans des jérémiades sur ce monde occidental inhumain, cruel, féroce et injuste qu pardonne tout à Israël et l’encourage même en soutenant son impunité ? Le monde est ainsi fait que la loi du plus fort n’est pas seulement une moralité de fable, mais une donne incontournable, qui fait évidemment peu de cas des lamentations, a fortiori celles émanant des nations les plus faibles. Conclusion : rien ne sert de s’apitoyer sur son propre sort, si ces réactions humaines et légitimes ne sont accompagnées de développement et d’un minimum de puissance. 

 

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