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Syrie : Contre-mesures russes ?


 par Louis Denghien

Syrie : Contre-mesures russes ?, par Louis Denghien
Ces dernières 48 heures l’AFP/OSDH a fait son buzz sur les exploits anti-aériens de la rébellion,…

… qui a revendiqué la destruction en vol d’un hélicoptère (mardi) puis d’un avion de combat (mercredi) dans le secteur nord-ouest d’Alep. Des chefs rebelles comme le « général » Ahmad Faj, aussi bien que l’OSDH, ont expliqué que ces succès ont été obtenus grâce aux missiles sol-il récupérés par les insurgés dans la fameuse base 46 à l’ouest d’Alep. Encore faudrait-il que les insurgés disposent des batteries et lanceurs appropriés. Il y a d’avantage à parier que l’ASL dispose de lance-missiles portatifs, voire de missiles Stinger, de provenance américaine, voire européenne, acheminés depuis la Turquie.

Le 6 novembre dernier, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, en visite à Amman, avait lancé des accusations précises à ce sujet au cours d’une conférence de presse : « Nous disposons d’informations vérifiées selon lesquelles il y a actuellement plus de 50 Stingers en Syrie« .

 Contre-mesures russes ?

Le gouvernement américain continue de nier toute livraison d’armes à la rébellion syrienne. Mais ne ne nie pas ou plus que des hommes de la CIA supervisent depuis la Turquie la distribution d’armes payées par le Golfe. Le Stinger a joué un rôle déterminant dans la défaite russe en Afghanistan après que Reagan en a autorisé la livraison aux rebelles afghans, au début des années 80, l’Armée rouge perdant désormais trop d’hélicoptères de combat, son arme la plus efficace contre les moudjahidines.

Alors faut-il parler, comme s’empresse de le faire l’AFP, d’un « tournant » dans la guerre de Syrie ? Sans nier l’importance de ce fait relativement nouveau (il y a déjà eu cette année quatre ou cinq hélicos et jets perdus par l’armée syrienne, pas forcément victimes de missiles sol-air) on peut faire nôtre l’analyse de Fabrice Ballanche pour l’AFP : l’armée syrienne peut perdre « en partie » la maîtrise des airs, et les zones rebelles seront de ce fait d’avantage « sécurisées« . Mais ajoute l’universitaire, un des intervenants français les plus « équilibrés » sur la crise syrienne, « C’est une ligne rouge qu’ont franchi les rebelles et leurs soutiens. Les Russes vont certainement donner aux syriens du matériel plus sophistiqué« .

Oui, certainement car l’administration Poutine ne veut pas, pas plus aujourd’hui qu’hier, d’un succès d’une opposition dominée par les islamistes et soutenue par l’OTAN et son annexe arabe du Golfe. Pour des raisons qui tiennent autant au « prestige diplomatique » qu’aux intérêts  géostratégiques concrets et immédiats.

Même sans aide russe accrue au régime, les rebelles sont de toute façon dans l’incapacité militaire ET politique de prendre le pouvoir en Syrie : ils ne représentent plus depuis des mois qu’une minorité violente et fanatique (obscurantiste même), sans projet politique alternatif crédible. Une minorité qui peut s’emparer de postes-frontière, de petites villes ou de bases ou de barrage (« stratégiques »), mais est intrinsèquement incapable de s’imposer à l’échelle du pays et de façon durable. C’est pourquoi certaine « une » récente du quotidien Le Monde sur « La marche en avant des rebelles syriens » ressort à l’intox et à la propagande. Les rebelles n’ont pas les moyens – militaires et politiques – d’avancer beaucoup plus loin qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent. On le voit entre autres dans la région de Damas, où les insurgés continuent de faire le coup de feu vers Daraya, mais, concrètement, en sont réduits à tirer des roquettes sur telle ou telle banlieue (Hajar al Aswad), ou à recourir au terrorisme classique à la voiture piégée, comme on vient hélas de le voir à Jaramana, contre des populations civiles et des communautés hostiles à la « Révolution ». Le terrorisme et la « gué-guérilla » comme substituts à l’offensive stratégique, c’est la réalité de la rébellion à Damas – et à Alep.

Reste la question de la sanctuarisation de zones rebelles adossées à la frontière turque, d’Idleb à Alep et au-delà vers l’est, que pourrait effectivement permettre, ou faciliter la possession d’armes anti-aériennes efficaces. Mais l’aviation syrienne poursuit ses sorties – de l’aveu de l’OSDH elle vient de bombarder le barrage de Techrine, à l’est d’Alep, pris récemment par l’ASL, et, selon la même source, elle est active aussi ces dernières heures dans le secteur de Maarat al-Numan. Par ailleurs, l’armée se bat toujours à Harem, tout à l’ouest de ce secteur frontalier, comme à Ras al-Ain tout à l’est. Sans oublier dans la banlieue nord d’Alep, à Hreytane et Anadan, entre autres. Et les Kurdes du PYD s’opposent physiquement désormais aux insurgés dans ce même secteur.

Les Stinger de la presse (bobo) française

En France plus qu’ailleurs en Europe, les média socialo-atlantistes, gaucho-sionistes, bobos en somme, ne renonceront jamais à leur ligne propagandiste anti-syrienne, pour des raisons qui tiennent à leur ADN, en quelque sorte. Ils continueront donc de monter en épingle les succès ponctuels et locaux de la rébellion, ou carrément à les inventer. Il faut vivre avec, ne pas s’affoler et garder en tête les données politiques, sociologiques et militaires de la crise syrienne :et nous continuons de croire et de dire que ces données portent en germe la défaite finale de l’insurrection.