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Syrie : courage et beauté contre la sauvagerie de la guerre


Syrie : courage et beauté contre la sauvagerie de la guerre

Bonjour.

Le Président syrien vient d’être réélu à une forte majorité. Les cassandres diront que cette élection ne compte pas, car elle s’est déroulée dans un contexte de guerre civile.

Mais pourquoi n’appliquent-ils pas cette maxime au cas de l’Ukraine ? L’élection du 25 mai s’est déroulée aussi dans un contexte de guerre civile. La violence installée par les forces de l’Axe Atlantique a perturbé le bon déroulement de ce scrutin. Mais dans un cas les rebelles sont du bon côté, les takfiris sanguinaires armés et soutenus par l’Occident Libérateur, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont sans conteste les combattants de la liberté. Dans l’autre cas, les personnes qui n’acceptent pas le retour du nazisme en Ukraine et n’acceptent pas le coup d’état du 21 février 2014, ne sont que des rebelles et des terroristes qu’il convient de combattre avec fermeté. En plus ils ont le mauvais goût d’être russophones et de parler cette langue, quelle horreur !!!

Pour revenir à la Syrie, je pense qu’il faut continuer d’en parler.

En novembre 2012, l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » avait organisé une conférence sur ce sujet en présence d’Ayssar Midani.

Le 30 janvier 2013, la même association en collaboration avec le Comité Valmy et Les Amis du Monde Diplomatique des Alpes-Maritimes avaient organisé une seconde conférence avec Ayssar Midani sur ce sujet.

Le café Citoyen « La Nouvelle Arcadie »avait également programmé une conférence avec Ayssar Midani.

Je suis le président de l’association « Comité pour une Nouvelle Résistance-CNR » et je suis l’objet d’une campagne de calomnie et de diffamation depuis cette époque. J’en déduis que l’affaire syrienne doit être exclue du champ de réflexion à gauche. Il suffit en fait d’écouter les bons conseils de monsieur BHL et nous n’avons plus à réfléchir ! Que du bonheur !

Dans le premier semestre 2014, Ayssar Midani était en France et elle a pris contact avec l’association que je préside et avec le café citoyen « La Nouvelle Arcadie ».

Mais, différentes contraintes matérielles ont fait que, pour notre part, nous n’avons pu répondre favorablement, et je le regrette beaucoup.

Je constate avec plaisir qu’une telle conférence a eu lieu à Paris en mai 2014. C’est pourquoi je vous propose la vidéo de cette intervention qui aurait dû avoir lieu à Nice également.

Bien cordialement.

Lucien PONS.

Conférence organisée par le mouvement politique « Solidarité et Progrès »

Syrie : courage et beauté contre la sauvagerie de la guerre

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Christine Bierre

Mardi 3 juin 2014

De passage à Paris, après un long séjour de huit mois en Syrie, Ayssar Midani, chercheuse franco-syrienne très engagée dans le combat contre l’agression par les Occidentaux de son pays d’origine, était l’invitée de Solidarité & Progrès lors d’une conférence le 7 mai dernier, diffusée en direct sur notre site.

Ayssar Midani a, d’entrée de jeu, affirmé qu’elle prenait la parole en tant que Syrienne et Française, refusant que « son deuxième pays, la France, joue le rôle d’un pays oppresseur qui alimente le terrorisme en Syrie ». Elle a remercié les organisateurs, rappelant que les Occidentaux ont interdit la Syrie d’antenne, en notant combien ces réunions sont essentielles pour faire connaître la véritable situation de la Syrie.

Ahmed Manaï, ancien opposant tunisien qui a fait partie de la mission d’observation envoyée par la Ligue arabe pour enquêter sur la situation en Syrie (décembre 2011/janvier 2012), était aussi parmi nous ce soir là. Il a témoigné de la désinformation menée par les Occidentaux et leurs alliés suite à cette mission.

La Ligue arabe a envoyé une mission de 162 observateurs, tous d’un très grand niveau : hauts fonctionnaires, diplomates, généraux, tous pour la plupart appartenant à des pays vraiment hostiles à la Syrie. Pourtant, ces observateurs ont produit un rapport qui répondait aux quatre questions posées par la Ligue arabe et qui était en faveur de la Syrie. Et c’est pour cela qu’ils l’ont occulté, complètement enterré, et ils sont partis au Conseil de sécurité [de l’ONU] inciter les grandes puissances à attaquer la Syrie, comme ils l’avaient fait contre la Libye.

Ne boudons pas notre plaisir : Ahmed Manaï a aussi remercié la rédaction de Nouvelle Solidarité pour avoir été l’un des premiers journaux à donner la parole aux opposants tunisiens à Ben Ali !

Sauvagerie des djihadistes

Au cours d’une émouvante intervention, Ayssar Midani a évoqué l’horreur de cette guerre menée par les puissances occidentales contre la Syrie, par l’intermédiaire des hordes de djihadistes fanatisés qui, souvent sous l’influence de drogue – la Captagone, une amphétamine surpuissante – se livrent à des violences inouïes contre les populations. Mais elle a aussi mis en avant le courage héroïque du peuple syrien.

Les djihadistes se sont livrés à une destruction systématique du pays. D’abord des êtres humains, torturés, tués, découpés même devant leurs proches, pour appartenir à telle ou telle confession religieuse. Dans 17 villages au nord de Lattaquié, des familles entières ont été égorgées et découpées en morceaux. Les personnes étaient récupérées sur des camions, en morceaux. Des vagues de massacres ont eu lieu dans toute la Syrie, notamment à Deraa, et à Adrah, une technopole où travaillent des ouvriers, des techniciens et des ingénieurs.

En décembre 2013, un matin, 6000 terroristes armés ont débarqué dans cette ville, s’attaquant tout de suite à l’hôpital. Ils ont coupé la tête au médecin urgentiste de l’hôpital et l’ont accrochée devant la porte ; ils ont ensuite coupé celle de l’infirmier et ont joué au foot avec.

Le Syrie, un bon vouloir vivre ensemble millénaire

Ces violences visent le mode de vie unique au monde des Syriens, dit Ayssar Midani, très émue. La Syrie est un pays qui a 10 000 ans et qui a vu naître l’alphabet, la musique, les premiers traités de paix. 600 civilisations s’y sont succédé et ont donné naissance aux civilisations du monde entier. Aujourd’hui encore, il y a des villages qui parlent araméen, d’autres syrien. Toutes les communautés ont gardé leur culture mais vivent ensemble.

Les djihadistes s’en sont pris aussi à tous les signes de cette civilisation : les mosquées et les églises anciennes, les temples ; cette mémoire des Babyloniens, Chaldéens, Nabatéens, Phéniciens. Car c’est cela la Syrie.

De façon tout aussi systématique, ont été détruites toutes les infrastructures du pays : les silos à grain, les cultures agricoles, l’industrie. A Alep, grand centre industriel fournissant tout le Moyen orient, des usines ont été démontées et envoyées en Turquie par camion. De même pour toutes les structures liées à l’électricité, ainsi que les raffineries de pétrole. Les bandes armées d’Al-Qaïda ont mis la main sur le pétrole dans le nord-est de la Syrie et l’exploitent. La France l’achète à Al-Qaïda. Les récoltes ont été brûlées, ainsi que des forêts entières.

La beauté au secours de la résistance

Ayssar Midani a tenu à saluer l’héroïsme du peuple syrien face à cette terrible guerre. Héroïsme des pompiers qui se font tirer dessus alors qu’ils éteignent les incendies, des travailleurs de l’électricité et de l’eau aussi, qui réparent le matériel endommagé pour permettre aux populations d’en bénéficier à nouveau dans les plus brefs délais. Hommage à tous ces bras qui continuent à construire, alors qu’en même temps une destruction systématique se poursuit !

Malgré trois années de guerre féroce contre la Syrie, personne ne couche dehors. C’est dû à la grande solidarité et à l’unité du peuple syrien, qui existaient déjà mais qui se sont renforcées dans la douleur. Des milliers d’associations se sont créées spontanément pour s’aider les uns les autres. Elles ne fournissent pas que de l’aide matérielle, mais aussi de l’aide psychologique : des centaines de troupes de théâtre, des groupes de jeunes musiciens animent les centres d’hébergement créés par l’Etat. Là, tout le monde a ses paniers repas, ses visites médicales aussi. Les enfants ont été scolarisés là où ils sont. La rentrée scolaire a eu lieu, les livres sont arrivés, y compris dans les lieux dominés par ces hordes de sauvages.

Il y a aussi des centaines d’initiatives culturelles : des chants, des danses, des chorales mixtes se sont créés. Les gens chantent en se serrant les coudes : « nous reconstruirons la Syrie comme avant », « nous nous opposons à la laideur de cette guerre par la beauté, et à l’obscurantisme par la culture ».

Malgré tout, « la Syrie reste un pays où il fait bon vivre ». L’État soutient les denrées alimentaires principales : le pain, le sucre, le riz, le thé, le fioul et le gaz. Le pain est maintenu à 15 livres (7 centimes d’euro) ; il coûte 100 livres à l’État, qui le vend aux citoyens à 15 livres. De même pour les autres denrées.

Reconquête du territoire national

Ayssar Midani rapporte enfin une progression de l’armée. Celle-ci vient de reprendre Homs, lieu clé pour les djihadistes, et Alep serait aussi près de tomber. A Damas, il ne reste plus que Douma et Jobar, sous contrôle d’Al-Qaïda.

La chute de Homs révèle une fois de plus le laid visage de l’agression occidentale. Reprise par l’armée syrienne il y a quelques jours, un accord avec l’ONU a permis aux djihadistes de quitter Homs avec leurs armes, dans des autocars de l’ONU à vitres teintées et sous escorte de l’institution internationale. L’armée syrienne s’est engagée à ne pas les fouiller. 200 hommes armés sont sortis avec ce premier convoi.

Le débat avec la salle et par internet a été nourri. Toujours ces question révélatrices du matraquage médiatique : où est passé l’opposition légitime qu’il y avait au début ? Lorsque la paix sera revenue, redeviendrez-vous une opposante ? Comment être sûr que Bachar al-Assad n’a pas lui-même déployé des djihadistes pour apparaître comme le sauveur de la Syrie ?

Des questions compréhensibles, mais ô combien éloignées du tourbillon de sang et de fer qui menace d’avaler ce pays. Dans la salle aussi, un autre ancien dissident qui se retrouve aujourd’hui à militer pour la souveraineté de la Syrie, Majed Nehmé, directeur du magasine Afrique Asie.

La vidéo d’Ayssar Midani est ici et là