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Syrie : des armes chimiques utilisées par… la rébellion !


armes-chimiques

 

Dominique
Jamet
Journaliste et écrivain.
Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais.

Que le gouvernement syrien soit capable de tout, on n’en doute pas. De là à décider qu’il est coupable de tout, il y a un pas. Un pas que n’hésitent pas à franchir chaque jour depuis deux ans tous les va-t-en guerre qui, naïfs ou retors, par conviction ou par intérêt, s’en vont prêchant au nom du pétrole et de l’humanité réunis que la guerre civile qui ravage la Syrie oppose de blanches colombes et de vilains messieurs, l’archange Qatar au petit Satan de Damas, le Bien au Mal, des innocents aux mains vides et des tortionnaires suréquipés, et qu’en conséquence, il serait criminel de ne pas armer d’urgence la « révolution » syrienne. En vain évoquerait-on les précédents de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye, de la Tunisie, de l’Egypte, qui ne plaident pas précisément en faveur des ingérences étrangères et des printemps menteurs également porteurs de fruits amers. Mais rien ne décourage les trois groupes de pression aux mobiles et aux intérêts divergents – lobby intellectuel et humanitaire, lobby sunnite, lobby sioniste – qui soufflent sur les braises de l’incendie syrien au risque de le voir mettre le feu à tout le Proche-Orient.

Aussi bien, fort des renseignements qui lui étaient obligeamment fournis par ses fournisseurs habituels de bobards, c’est le régime alaouite, à l’exclusion de tout autre suspect, que Barack Obama, fidèlement suivi par le caniche britannique, le corniaud français et le basset allemand, sommait depuis des mois de ne pas franchir la fameuse « ligne rouge » — le recours à des armes chimiques — sous peine de voir la neutralité malveillante de l’Occident se transformer en hostilité agissante. Il y a quinze jours, se fondant sur les témoignages qui « avec différents degrés de certitude » (sic) établissaient que Damas avait utilisé du gaz sarin, le président américain faisait planer la menace d’une intervention dans le conflit syrien. Quelques jours plus tard, le président américain reconnaissait qu’en l’état, il ne savait exactement « ni comment ni quand ni par qui » (re-sic) avait été violée la fameuse ligne. Nous n’en avons pas moins frôlé une nouvelle catastrophe, sur la base de mensonges aussi éhontés que ceux qui, proférés par Colin Powell à la tribune des Nations-Unies, conduisirent il y a dix ans à la deuxième guerre d’Irak.

Car l’ancien procureur général du Tribunal pénal international sur l’ex-Yougoslavie, puis du Tribunal pénal international sur le Rwanda, aujourd’hui membre de la Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme en Syrie, l’implacable et incorruptible Carla del Ponte, vient de révéler les conclusions de l’enquête menée par sa commission : des obus chimiques, chargés de gaz sarin, ont bien été utilisés en Syrie… mais par la rébellion. Faut-il le préciser, la Confédération helvétique fait partie des rares pays qui n’ont pas pris parti dans le conflit syrien et la seule passion qui anime Carla del Ponte, qui fut le plus haut magistrat suisse, est celle de la justice.

La dénonciation des véritables auteurs de ce crime contre l’humanité n’amènera pas à résipiscence tous les charognards qui, penchés sur l’interminable agonie de la Syrie, brûlent de dépecer le cadavre du dernier État laïque de la région. Elle les calmera un moment. Mais qu’en sera-t-il de l’opinion publique des démocraties occidentales ? Puissent-elles enfin comprendre que, si les gaz de combat sont des armes de destruction massive, la désinformation devrait, elle aussi, être inscrite sur la liste des poisons mortels.

Dominique Jamet, le 7 mai 20