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Syrie : faut-il aider les assassins ?


Le 12 juin 2013
Dominique Jamet

Journaliste et écrivain.

Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais.

Il s’appelait Mohammad Qatar. Il avait tout juste quinze ans. Plus tout à fait un enfant, pas encore un adulte. Pourtant, il gagnait déjà sa vie, comme il pouvait. Il tenait une petite échoppe où il vendait du café, et il avait la langue trop bien pendue.

Alors, ils l’ont arrêté. Ils l’ont passé à tabac. Ils l’ont fouetté. Ils l’ont torturé. Le lendemain, ils l’ont ramené devant sa boutique et là, pour l’édification de la foule rassemblée par leurs soins, sous les yeux de ses propres parents, ils l’ont abattu, d’une balle dans la bouche et d’une balle dans la nuque. Cela se passait dimanche dernier, dans un quartier populaire d’Alep, deuxième ville de Syrie.

Et alors ? On sait, et comment pourrions-nous l’ignorer depuis le temps que nos médias et nos gouvernants nous le serinent, que le régime de Bachar el-Assad est capable de tout, et du reste. Seulement voilà. Mohammad Qatar vivait dans une « zone libérée », désormais régie par la charia, et c’est pour avoir lancé, au cours d’une discussion avec un passant : « Même si le prophète revenait du paradis, je ne deviendrais pas croyant », qu’il a été assassiné par des libérateurs islamistes. « Quiconque blasphème ne serait-ce qu’une fois sera puni de la même façon », ont déclaré ses bourreaux. À bon entendeur, salut…

Ainsi, tandis qu’à Paris et à travers toute la France – après la mort violente d’un jeune militant d’extrême gauche, des suites d’une rixe imbécile -, tous les chiens de garde de la République ameutaient à grand renfort d’aboiements l’opinion publique contre la prétendue résurgence du danger fasciste et que nous étions fermement incités à nous pencher avec consternation sur notre si intéressant nombril, les fous de Dieu, dont les propos, les pensées et les actes sont une insulte permanente à la religion et au Dieu dont ils se réclament, perpétraient à Alep, au nom de Dieu, un nouveau crime contre l’humanité, dans l’indifférence du monde.

Nous parlera-t-on encore de révolution, osera-t-on encore nous parler de « printemps » ? Le Front Al-Nosra discrédite et déshonore la révolution syrienne comme il y a deux cents ans chez nous l’instauration de la Terreur et le règne de la guillotine entachaient et disqualifiaient pour longtemps l’idée de République. À défaut d’aider le régime de Bachar el-Assad à écraser la rébellion, qu’au moins l’assassinat d’un adolescent par des fous furieux nous dissuade de nous mêler des affaires syriennes et de faire par aveuglement ou en vertu d’injustifiables alliances la courte échelle aux assassins !