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Syrie, front d’une nouvelle guerre froide


 

Après trois veto consécutifs apposés par la Russie et la Chine à trois résolutions présentées par les pays occidentaux et les monarchies du Golfe contre le régime syrien, le doute n’est plus permis. Une nouvelle carte des relations internationales se dessine, annonçant la fin de l’intermède – de près de deux décennies – durant lequel le Conseil de sécurité, après l’effondrement de l’Union soviétique, était devenu une chambre d’enregistrement des volontés américaines. Pendant ce temps, l’Irak a été combattu, renvoyé sciemment à « l’âge de pierre » puis conquis, la Yougoslavie balkanisée, l’Afghanistan occupé. L’Otan, née avec la première guerre froide pour défendre l’Occident autoproclamé « monde libre », devait logiquement disparaître avec l’effondrement du bloc soviétique et du pacte de Varsovie, son bras militaire, créé pour faire face à l’Alliance atlantique. C’est tout le contraire qui s’est produit.

L’Otan a été renforcée et élargie pour englober d’anciens pays du bloc soviétique et s’est posée, de plus en plus, comme le bras armé d’une Onu sous influence américaine. Cerise sur le gâteau, les stratèges des États-Unis projetaient même de mettre en place un bouclier antimissile censé faire face à l’Iran, mais qui passe par-dessus la Russie. C’est soit prendre les Russes pour des demeurés, soit une manière perverse de les pousser dans une nouvelle course ruineuse aux armements, un procédé qui avait fait ses preuves au bon vieux temps de la guerre froide, contribuant largement à l’effondrement de l’Union soviétique et à l’avènement de l’unilatéralisme américain.

Cette nouvelle donne avait, tôt ou tard, vocation à évoluer. L’unilatéralisme américain ne pouvait en effet perdurer. D’autant que le rapport des forces sur l’échiquier international bascule progressivement, mais inéluctablement, en défaveur des États-Unis, de leurs alliés et de leurs supplétifs. La crise économique systémique dans laquelle se débattent désespérément, depuis 2007, les économies occidentales et la montée en puissance des pays émergents représentés par le groupe des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ne sont pas étrangères à ce rééquilibrage.

Cette tendance était perceptible, en réalité, depuis le 11 septembre 2001 qui a abouti à l’invasion de l’Afghanistan – approuvée par la quasi-majorité des États, car considérée comme relevant de la « légitime défense » contre un terrorisme wahhabite historiquement nourri du sein de la CIA. Mais l’invasion de l’Irak, qui sera, elle, décidée deux ans plus tard sans l’aval de l’Onu, contre l’opinion internationale et sans fondement légitime et juridique, sonnera le glas de la toute-puissance américaine, appelée par l’ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine d’« hyperpuissance », désormais embourbée dans les sables de la Mésopotamie. Neuf ans après, le corps expéditionnaire américain est contraint de quitter l’Irak sans honneur, l’abandonnant, dans un état de délabrement, à « l’ennemi iranien ». Ce sera le cas également, dans un an, avec l’Afghanistan, qui sera laissé à son triste sort et livré de nouveau aux taliban avec lesquels les Occidentaux reprennent langue.

Ces deux aventures ont saigné l’économie américaine : elles auront coûté, selon le prix Nobel de l’économie Joseph Stieglitz, la bagatelle de 3 000 milliards de dollars, en pure perte ! Sans oublier, évidemment, le bilan des pertes humaines qui se chiffrent, pour les seuls États-Unis, à plus de 6 000 militaires tués et 50 000 blessés, celles des supplétifs (contractuels) et, surtout, des centaines de milliers de civils irakiens et afghans.

Si le nouvel ordre mondial, cher aux néoconservateurs américains, n’a pu être imposé par la force militaire directe, les États-Unis essaient de l’imposer à travers le soutien à une multitude de révolutions colorées (Ukraine, Géorgie, Liban) puis par la vague des « printemps arabes ».

Le renversement de Ben Ali, d’Ali Abdallah Saleh et de Moubarak, tous alliés usés de l’Occident, et leur remplacement par des régimes nouveaux, mais tout aussi inféodés aux États-Unis, s’inscrivent dans cette stratégie.

En Libye, l’éviction de Kadhafi s’est opérée autrement : par le recours à l’agression militaire extérieure contre un État souverain, en se dissimulant derrière la résolution 1973 du Conseil de sécurité qui n’appelait, elle, qu’à la protection de la population civile. La Russie et la Chine, qui n’avaient pas utilisé leur droit de veto contre cette résolution, se sont senties grossièrement flouées. Et quand, quelques mois plus tard, la contestation syrienne s’est déclenchée et que les Occidentaux et leurs supplétifs du Golfe ont essayé d’utiliser le Conseil de sécurité pour rééditer « l’exploit » libyen, ils se sont trouvés confrontés à trois veto consécutifs. Pour les contourner, ils arment une opposition hétéroclite peu crédible – qu’ils confortent dans leur intransigeance et leur refus de dialogue –, comme le prévoit le plan onusien, portant ainsi une lourde responsabilité, au même titre que le régime syrien, dans la poursuite des massacres.

Combien faudra-t-il de morts, de blessés, de déplacés et de réfugiés syriens pour qu’enfin le dialogue pour une transition démocratique s’enclenche ?

Il faut se rendre à l’évidence : la guerre en Syrie n’oppose plus que des Syriens entre eux. Depuis l’imposture occidentale en Libye, la Syrie est devenue la nouvelle ligne de fracture entre les puissances occidentales d’une part et les puissances des Brics, plus l’Iran, de l’autre. Ceux qui s’autoproclament « amis du peuple syrien » doivent comprendre que s’ils aiment vraiment ce peuple, le meilleur service qu’ils puissent lui rendre est non pas de lui faire miroiter de faux espoirs de victoire rapide et des lendemains qui chantent et de contribuer, par la militarisation du conflit, à l’effondrement de l’État syrien lui-même, mais à encourager tous les acteurs à engager enfin un dialogue salvateur qui permettrait aux Syriens, et à eux seuls, de choisir librement de leur avenir.

AFRIQUEASIE.COM

Une réponse “Syrie, front d’une nouvelle guerre froide”

  1. Francenaldo Amorim
    septembre 22, 2012 à 5:02

    Bon!!Comment convaincre les démons sionnistes des Etasunis, Israel et les marionettes de la france, Anglettaire et Alemagne, a accepter qui ses volontés de créer un vouveuax empire neo-colonial, en Afrique et Moyen Orient, dépenderá dans l ´avenir de la bonne volonté des Pays comme la Russie, Chine et les pays suivants des BRICS (Brésil, Inde, Afrique du Sud), qui ont commencer a influencier les décisions internationalles.