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Syrie : l’enquête à charge contre les Etats-Unis après l’attaque chimique.


 
 
 
L'attaque chimique dans la Ghouta constitue le premier emploi d'ampleur de telles substances depuis la signature, en 1993, de la convention d'interdiction des armes chimiques.

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L’attaque chimique dans la Ghouta constitue le premier emploi d’ampleur de telles substances depuis la signature, en 1993, de la convention d’interdiction des armes chimiques. | REUTERS/STRINGER

 L’article de Seymour Hersh, vétéran du journalisme d’investigation américain, publié dimanche 8 décembre par la London Review of Books tend à réécrire l’histoire, déjà passablement énigmatique, de l’intervention américaine avortée en Syrie. Le journaliste qui, en 2004, avait contribué à révéler le scandale de la prison irakienne d’Abou Ghraib, accuse l’administration Obama d’avoir manipulé les informations concernant l’attaque chimique perpétrée le 21 août dans la Ghouta, près de Damas, pour justifier des frappes militaires contrela Syrie .

Même si Barack Obama a finalement renoncé à intervenir militairement, il a auparavant justifié sa volonté de le faire en attribuant à l’armée syrienne la responsabilité de l’attaque qui, de source américaine, a causé la mort de 1 400 personnes, dont des centaines d’enfants. Le  gouvernement aurait ainsi franchi la « ligne rouge » que le président américain avait fixée.

« Obama n’a pas raconté la totalité de l’histoire », car son administration a « délibérément manipulé les renseignements » en sa possession, assure Hersh. « Le mécanisme de sélection a été analogue à celui utilisé pour justifier la guerre en Irak. »

A la question qu’il a choisie pour titre de son article  « A qui appartient le sarin ? » , le journaliste répond qu’il pourrait bien s’agir des « rebelles ». Il accuse Washington d’avoir « sélectionné les renseignements afin de justifier une frappe contre le président syrien, Bachar Al Assad », reconstruisant a posteriori la conviction de la culpabilité du pouvoir.

« ILS ONT RECONSTITUÉ DES ÉLÉMENTS D’UNE HISTOIRE PASSÉE »

Selon lui, les « rebelles », contrairement aux déclarations officielles américaines, ont la capacité de se procurer des gaz mortels. Citant un haut consultant des services de renseignements, il écrit :« L’administration Obama a transformé les informations en sa possession en termes de chronologie et d’enchaînement des faits, afin de permettre au président et à ses conseillers de faire croire que des renseignements recueillis plusieurs jours après l’attaque avaient été récoltés et analysés en temps réel, au moment même où l’attaque était perpétrée »

Selon Hersh, les services américains ne disposaient, avant le 21 août, d’aucune information sur l’attaque de la Ghouta, ni sur les intentions du gouvernement syrien. Il en veut pour preuve un document révélé par Edward Snowden et publié le 29 août par le Washington Post indiquant que la NSA avait perdu son accès aux conversations du commandement de l’armée syrienne, notamment à propos d’une attaque chimique.

Le président Obama se serait basé non sur des communications interceptées au moment de l’attaque, mais sur des interceptions réalisées en décembre et analysés a posteriori. « Ils ont reconstitué des éléments d’une histoire passée », affirme l’un des anciens hauts fonctionnaires cités.

L’article affirme aussi qu’un rapport secret de la CIA atteste de la capacité des djihadistes du Front Al-Nosra à se procurer et à utiliser le gaz sarin, en particulier grâce à Zyad Tarek Ahmed, un ancien militaire irakien spécialiste des armes chimiques. Parole d’« expert » à l’appui, il conteste les constatations balistiques qui ont conduit à accuser le gouvernement syrien, et suggère que les lanceurs utilisés, loin de provenir de l’arsenal de l’armée syrienne, sont de fabrication artisanale.

WASHINGTON SE DÉFEND

La thèse de Seymour Hersh a immédiatement fait l’objet d’un vigoureux démenti officiel : « »Il n’y a pas d’indice à l’appui des allégations de M. Hersh et la suggestion qu’il y a eu une manœuvre pour supprimer des renseignements est simplement fausse », a affirmé Shawn Turner, porte-parole de la direction du renseignement national (DNI), lundi.

Célébrité du monde journalistique, Seymour Hersh s’est vu décerner le prix Pulitzer en 1970 pour sa couverture de la guerre du Vietnam, en particulier la révélation du massacre de My Lai perpétré en 1968 par l’armée américaine contre des centaines de civils. Cette fois, son article sur la Syrie a été refusé par le Washington Post, le quotidien estimant que les sources utilisées « ne correspondent pas à ses normes ». Il n’a pas non plus été publié dans le New Yorker, magazine dont M. Hersh est un contributeur habituel.

Seymour Hersh suggère que les raisons pour lesquelles Barack Obama a finalement renoncé in extremis à frapper  la Syrie seraient à rechercher dans les informations contradictoires qui lui seraient parvenues sur la véritable origine de l’attaque chimique.