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Syrie ou le message d’un missile russe… par Dr Amin Hoteit


Syrie ou le message d’un missile russe…
par Dr Amin Hoteit

Il est désormais certain que la dite « crise syrienne », qui dès le départ nous a paru
être une guerre mondiale contre la Syrie, est devenue un problème universel autour
duquel le monde s’est divisé en deux camps : le camp occidental qui a planifié,
commandité, et dirigé l’agression par des mercenaires arabes ou régionaux, du
moins jusqu’ici ; et le camp adverse qui s’est coalisé par la force de ses propres
objectifs  stratégiques.

Ce dernier  a formé un groupe international  qui considère que la réussite des projets
de l’Occident en Syrie signifierait la chute de toute la région sous l’emprise d’un néo-
colonialisme qui anéantirait toute velléité de liberté et  d’indépendance. Le conflit est
donc clair entre un agresseur aux ordres des USA et un défenseur qui s’organise par
une distribution coordonnée des rôles à chacun des membres de son organisation
stratégique, en fonction de leur capacité et de leur efficacité  à repousser l’agression.

1. Plus le temps passe et plus les constantes de cette confrontation deviennent
évidentes. Au terme d’un peu plus de quinze mois, elles peuvent être résumées
comme suit :

1.1. Les capacités de défense des défenseurs sont supérieures aux capacités
d’attaque des agresseurs. En effet, compte tenu du potentiel de chacun des deux
camps, le succès du camp agresseur pour atteindre ses objectifs en Syrie et
redessiner la région de telle sorte qu’elle puisse se conformer aux intérêts des États-
Unis et du sionisme, est devenu impossible. Par conséquent, entendre le camp des
agresseurs répéter à l’envi : « Le président syrien doit s’en aller »… « Il faut qu’il
cède le pouvoir à un gouvernement civil de transition »… « Il faut une transition
pacifique du pouvoir »… ne témoigne que du ridicule et de l’ironie de la situation ;
parce qu’il se comporte en vainqueur alors qu’il est vaincu et que, jusqu’à présent,
son agression ne lui a rapporté que ses propres crimes qui ont coûté la vie à des
Syriens innocents… à moins qu’il ne considère la criminalité comme une victoire !

1.2. La désintégration et l’affaissement du système des agresseurs alors que la
cohésion du système des défenseurs parait de plus en plus solide, chacun de ses
membres estimant que la question syrienne le concerne directement ; ce qui
explique leurs prises de position de plus en plus fermes contre toute atteinte ou
intervention étrangère en Syrie et sous n’importe quel prétexte qui nécessiterait
l’usage de la force, notamment par adoption d’une résolution en vertu du Chapitre
VII. Les États-Unis sont, peut-être, sur le point de comprendre cet état des choses,
surtout depuis la dernière prise de position russe. Seuls les « ourbans du pétrole »
restent sourds devant l’évidence et refusent de comprendre. C’est pourquoi, avec le
Secrétaire général [malencontreusement dénommé « Al-Arabi »] de la Ligue

pétrolière prétendument concernée par la « Cause arabe »,  ils persistent à tenter et
à exiger que la « question syrienne » soit soumise au fameux Chapitre VII. Mais, en
l’occurrence, leurs appels ne seront pas entendus à travers la porte définitivement
scellée du Conseil de sécurité.

1.3. En plus de ce qui précède, il est important de constater que chacun de ces deux
camps rassemble et exhibe ses forces dans le but de précipiter l’heure décisive et
d’y mettre fin de manière à ce qu’elle lui soit favorable.  En effet :

1.3.1. Le camp des agresseurs, comme nous l’avons précédemment écrit [1],
a organisé des manœuvres militaires de grande envergure en Jordanie sous
la dénomination « le lion en alerte », après avoir recruté l’ensemble des forces
qui pourraient jouer un rôle lors de sa future intervention militaire en Syrie. Il a
très généreusement inondé sa prétendue « opposition syrienne » d’armes de
toutes sortes, et de toutes technologies, pour assurer aux terroristes
mercenaires qui lui sont inféodés les moyens de commettre leurs méfaits. Il a
chargé les observateurs internationaux de recueillir les renseignements utiles
et de mener l’enquête qui favoriserait son intervention militaire à venir.  Il a
décidé d’étrangler les médias syriens pour créer les conditions favorables  à
son opération militaire, qu’il suggère très proche avec ou sans résolution du
Conseil de sécurité. Pour finir, voici que des manœuvres israéliennes se
mettent en branle pour, dit-on, passer le message d’une attaque sur les
bastions du Hezbollah !

1.3.2.  Le camp des défenseurs, après avoir résisté en absorbant les chocs
depuis le début de l’agression et après avoir laissé le temps à la Syrie pour
qu’elle puisse réaliser ses réformes, se met lui aussi à rassembler et à exhiber
ses forces pour renforcer sa défense et confirmer ses acquis. Ainsi, et suite au
succès des élections législatives syriennes, est venue la décision ferme et
définitive de combattre le terrorisme sans relâche ; suivi du « test surprise »
correspondant au tir de missiles balistiques intercontinentaux russes [2],
lequel a semé la confusion dans le camp adverse qui a bien compris le
sérieux du  nouveau message militaire signifiant que les décisions politiques
déclarées par Moscou, à l’intérieur et à l’extérieur du Conseil de sécurité,
reposent sur une puissance militaire réelle et prête à intervenir en cas
d’agression. Un projet de manœuvres militaires communes à  quelques pays
membres de cette organisation défensive n’a pas tardé à être envisagé. Quant
au plan d’étranglement des  médias syriens, il a échoué avant même sa mise
à exécution par la prise de mesures adaptées aux circonstances et capables
de protéger le droit de la Syrie à faire entendre sa vérité.

2.  Dans ces conditions, la question qui se pose concerne le  devenir de  cette crise
mondiale révélée par la soi-disant crise syrienne : le monde est-il à la veille d’une
confrontation militaire globale, ou bien, est ce que ces démonstrations de force ne

sont là que pour servir d’atouts lors de futures négociations ? Or, en matière de
guerres, il est raisonnablement impossible de lancer une attaque avant de s’assurer
de deux éléments : le premier correspond à la possibilité de réaliser l’exploit
escompté tout en amenant l’adversaire à l’effondrement ou à une sorte de
dépression ou d’égarement ; le second correspond  à la capacité à transformer une
victoire  militaire en victoire politique qui puisse permettre d’ancrer, de conserver et
d’exploiter la victoire. Dans certains cas, un troisième élément est à prendre en
compte et correspond à ce que l’attaquant peut supporter comme pertes potentielles
suite à la confrontation. Si nous appliquons ces règles immuables au camp des
agresseurs, nous constatons que :

2.1. Dans le domaine de la guerre conventionnelle, les forces militaires essentielles à
ce camp [l’OTAN] sortent de deux décennies décevantes qui ont épuisé leur
économie au point qu’elles ne peuvent envisager une nouvelle guerre, alors que le
camp adverse a des capacités militaires défensives qu’il leur serait extrêmement
difficile de vaincre ; ce qui nous amène à laisser tomber l’éventualité d’une
intervention militaire justifiée ou non par une résolution du Conseil de sécurité.

2.2. Dans le domaine de la guérilla et des opérations terroristes en cours, alimentées
et dirigées par le camp des agresseurs qui poussent à l’escalade des violences et à
leur généralisation à tout le territoire syrien et notamment aux grandes villes [Damas
et Alep], le battage médiatique et les possibilités des agresseurs sont en deçà du
seuil nécessaire à la réalisation de leur projet. En revanche, il est désormais très clair
que la prochaine étape de la lutte contre ce terrorisme sera différente des
précédentes, notamment parce que depuis la formation du nouveau gouvernement
issu d’élections parlementaires libres il ne sera plus question d’opposer des lignes
rouges infranchissables aux forces militaires syriennes et de les empêcher de faire
ce qui doit être fait. Il ne sera plus possible au terrorisme médiatique et aux politiques
du camp des agresseurs, qui sont derrière les massacres, de continuer leurs
frauduleuses campagnes accusant l’État syrien de leurs propres crimes. Il ne sera
plus acceptable que la mission des observateurs internationaux serve à intensifier
les opérations criminelles, mission désormais sujette à caution vu ses manquements
volontaires ou involontaires à dire la vérité !

2.3. Quant au reste, il nous suffit de rappeler l’impossibilité pour Israël de mettre en
place une organisation défensive qui protégerait son front intérieur. Il brûle
d’impatience pour attaquer l’Iran en plus de toutes les menaces qu’il ne cesse
d’alimenter contre son programme nucléaire. Ce simple rappel suffit pour
comprendre que le camp des agresseurs est incapable de supporter la réaction
possible à son agression.

3. Par conséquent, nous pouvons déduire que la guerre militaire contre la Syrie est
très peu probable ; que la guerre terroriste ne permettra pas à l’agresseur d’atteindre
ses objectifs mais, qu’au contraire, elle lui imposera des pertes qui l’useront  même

si cela doit prendre un certain temps. À ce stade, nous pouvons revenir à la  question
posée plus haut : pourquoi un tel rassemblement des forces ?

A notre avis la réponse réside dans le fait que le camp agresseur, qui a constaté son
échec, sait que la seule issue qui lui reste passe par une solution négociée et
pacifique, mais il sait aussi que celui qui s’installe à la table des négociations ne
reçoit qu’une part proportionnelle à ce qu’il a acquis sur le terrain et aux cartes qu’il
tient dans sa main ; ce qui explique qu’il tente d’en rassembler un maximum pour
que sa défaite devienne tolérable, maintenant que sa victoire en Syrie est entrée
dans le domaine de la fiction et que la Russie a lancé ses invitations aux
négociations selon un code compréhensible par toute personne qui connait le
protocole : un missile qui lève les doutes, dissipe les délires, et ouvre la voie à la
paix ! Ainsi, le Président Bachar Al-Assad aura offert à son père l’équilibre
stratégique pour lequel il a toujours œuvré et dont il a toujours rêvé, en
commémoration du dixième anniversaire de sa mort.

Dr Amine Hoteit
11/06/2012

Article original
http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/amine-hoteit-hh-3403.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal [Biologiste]

[1] Syrie: Manœuvres militaires en Jordanie…simple message ou signes avant-
coureurs d’une opération militaire conjointe de 19 pays
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31016

[2] Missile balistique nucléaire intercontinentale Russe

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire,
et Général de brigade à la retraite.