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Syrie: l’ alliance du Front Al-Nosra avec Al-Qaïda pourrait lui « coûter cher » .


 
 
La déclaration d’allégeance à Al-Qaïda du Front Al-Nosra, très actif dans la « rébellion » contre le régime de Bachar al-Assad, pourrait nuire à ses intérêts, jugent des analystes.
  
Abou Mohammed al-Joulani, chef d’Al-Nosra a dit « prêter allégeance à cheikh Ayman al-Zawahiri », le numéro un du réseau extrémiste, tout en affirmant ne pas avoir été consulté par « l’Etat islamique d’Irak » (ISI) pour savoir s’il acceptait de faire cause commune avec lui.
  
« Il a récolté un soutien non négligeable parce qu’il peut se vanter d’obtenir des résultats « ,  note Peter Harling, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group.
   « Sa déclaration d’allégeance (à Al-Qaïda) va se retourner contre lui, car il s’associe à une entité qui est étrangère à la culture syrienne et qui est perçue comme ayant échoué dans ses entreprises précédentes », nuance-t-il.
  
Cette alliance met en évidence « qu’il fait partie d’Al-Qaïda », renchérit Cole Bunzel, doctorant à l’université de Princeton aux Etats-Unis. « Le Front Al-Nosra (…) ne peut plus dissimuler ce lien ». 
 En prêtant allégeance à Ayman al-Zawahiri, Al-Nosra permet au régime de Bachar al-Assad de confirmer encore plus résolument qu’il est en lutte contre des « terroristes » dont le but est d’instaurer un Etat islamique.
  
La déclaration d’Abou Mohammed al-Joulani n’est cependant pas une surprise, elle officialise un état de fait que Washington savait déjà depuis plusieurs mois.
Al-Nosra, dont la création avait été annoncée en janvier 2012, avait rejoint Al-Qaïda en Irak sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères en décembre dernier.
  

Pour Mathieu Guidère, professeur d’islamologie et spécialiste des groupes jihadistes à l’université de Toulouse-Le Mirail, c’est d’ailleurs la décision américaine qui a « précipité le Front Al-Nosra dans les bras d’Al-Qaïda. A partir de ce moment-là, ils se sont dit qu’ils étaient condamnés et qu’ils ne pourraient de toute façon jamais participer au processus politique. »
 « C’est une erreur de stratégie qui va leur coûter très cher », estime-t-il.
 
Mais Peter Harling minimise l’importance des liens qui unissent Al-Nosra et Al-Qaïda en Irak par-delà la frontière irako-syrienne, tout en rappelant que de nombreux insurgés qui ont fait leurs armes en Irak ont eu un rôle essentiel dans l’avènement du Front Al-Nosra.
  
Les deux groupes se sont fait connaître par leur recours aux attentats suicide et aux voitures piégées. Mais, soulignent les analystes, Al-Nosra a su apprendre des erreurs d’Al-Qaïda en Irak, en assurant par exemple ne s’attaquer qu’aux soldats et responsables du régime de Bachar al-Assad alors que des milliers de civils  périssent régulièrement dans ses attaques.

 Al-Qaïda en Irak n’hésite pas à délibérément viser la population et s’est rapidement aliéné la population irakienne.

AFP