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Trump conspire-t-il pour lancer une guerre contre l’Iran ?



Publié par Gilles Munier sur 16 Novembre 2020, 10:24am

Catégories : #Trump, #Iran, #Irak

Trump rencontre Nétanyahou le lundi 27 janvier 2020 [Credit: The White House]

Par Bill Van Auken (revue de presse : WSWS – 15/11/20)*

La Maison-Blanche de Trump se prépare-t-elle à lancer une guerre d’agression contre l’Iran dans le cadre de sa tentative de coup d’État visant à annuler le résultat des élections de 2020 et à instaurer une dictature présidentielle?

C’est une question que se pose avec une urgence croissante les milieux militaires et du renseignement à Washington et en Israël, alors que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo entreprend la visite de sept pays, principalement Israël et les monarchies pétrolières du Golfe, qui constituent l’axe anti-iranien cultivé par le gouvernement Trump.

La semaine dernière, Pompeo avait déjà répondu à la question d’un journaliste en déclarant qu’il y aurait une «transition en douceur vers un second gouvernement Trump». Dans ce contexte, les deux principaux quotidiens israéliens de langue anglaise, Haaretz et le Jerusalem Post, ont mis en avant dans leurs éditions numériques la menace d’une guerre contre l’Iran.

«Netanyahu va-t-il frapper l’Iran? Peu probable, mais Trump pourrait le faire», titre Haaretz. Le Jerusalem Post demande: «Israël et les Etats-Unis prévoient-ils d’attaquer l’Iran?»

Les conjectures quand à une guerre contre l’Iran ne viennent pas que de la toute première apparition prévue d’un secrétaire d’État américain dans une colonie sioniste en Cisjordanie occupée. Au début de cette semaine, l’ancien conspirateur irano-américain Elliott Abrams, qui est l’envoyé spécial du gouvernement Trump pour l’Iran et le Venezuela, est arrivé en Israël pour s’entretenir avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Et le Jerusalem Post a rapporté que le chef d’état-major interarmées américain, le général Mark Milley, a tenu un appel vidéo jeudi avec son homologue, le chef d’état-major des forces israéliennes, Aviv Kochavi.

Les gouvernement Trump et Netanyahu s’opposent à tout assouplissement, par un nouveau gouvernement Biden, du régime de sanctions de «pression maximale» imposé à l’Iran suite à l’abrogation unilatérale par Washington de l’accord nucléaire de 2015, conclu entre Téhéran et les principales puissances. Alléguant un soutien de l’Iran au «terrorisme» et une menace supposée permanente, issue de son programme nucléaire civil, l’impérialisme américain est déterminé à éliminer l’Iran en tant que rival hégémonique dans la région du Golfe persique riche en énergie et allié économique et militaire de la Chine.

Une incroyable frénésie de contacts israélo-américains s’est produit immédiatement après la défaite de Trump aux élections dans le contexte d’une purge générale de hauts responsables du Pentagone, à commencer par le secrétaire à la Défense Mark Esper, renvoyé sur un tweet et remplacé par un ancien colonel des forces spéciales et loyaliste de Trump peu connu, Christopher Miller.

Trump a nommé d’autres loyalistes de droite, connus pour leurs positions anti-iraniennes extrêmes, à des postes de haut niveau. Parmi eux, le général à la retraite et commentateur de Fox News Anthony Tata, qui occupe le troisième poste au Pentagone, celui de sous-secrétaire à la Défense pour la politique. On avait contraint Trump à annuler sa précédente nomination de Tata à ce poste en raison de précédentes déclarations dénonçant Barack Obama comme un «leader terroriste» et appelant à l’exécution de l’ancien directeur de la CIA, John Brennan. Trump a également nommé Ezra Cohen-Watnick, un politicien d’extrême droite de 34 ans, et Kash Patel, qui a joué un rôle clé dans la campagne de Trump pour déterrer des informations sur Joe Biden en Ukraine. Il les a désignés respectivement comme sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement et chef de cabinet du secrétaire à la Défense.

En outre, Miller, le nouveau secrétaire à la Défense, a engagé comme conseiller principal le colonel retraité Douglas Macgregor. Ce dernier est connu pour son plaidoyer en faveur de la loi martiale à la frontière américaine et de l’exécution extrajudiciaire de migrants et de réfugiés.

Bien plus circonspect que la presse israélienne tout en reconnaissant le caractère sans précédent de la purge du Pentagone, le New York Times a déclaré: «Rien ne prouve jusqu’à présent que les nouveaux nommés aient un agenda secret sur l’Iran ou pris leurs fonctions avec un plan d’action en main». Mais il a ajouté: «Il est possible que ce bouleversement puisse présager une période volatile et dangereuse, incluant même des opérations ouvertes ou secrètes contre des adversaires comme l’Iran».

Qu’une telle cabale de militaristes fascistes occupe des postes politiques clés au Pentagone, en plein milieu des tentatives de Trump de renverser le résultat de l’élection, fait peser la menace directe qu’on utilisera l’armée américaine pour réprimer l’inévitable éruption massive d’opposition populaire à la tentative de coup d’État en cours, ainsi qu’à toute nouvelle guerre.

L’hostilité de Trump envers Esper a son origine dans les événements de début juin, où l’ex-secrétaire à la Défense s’était dissocié des menaces du président d’invoquer la Loi sur l’insurrection et de déployer des troupes régulières de l’armée dans les rues pour attaquer les manifestations contre la violence policière.

Après l’éviction d’Esper, le général Milley a convoqué une réunion des chefs d’état-major, et a tenu le même jour une conférence téléphonique avec les commandants des unités de combat américaines. Il ne fait aucun doute que lui et d’autres tâtent le terrain pour savoir qui, parmi les hauts gradés de l’armée, soutiendrait le coup d’État de Trump et qui s’y opposerait.

Lors d’une cérémonie de la Journée des anciens combattants marquant l’ouverture d’un nouveau musée de l’armée, Milley a prononcé un discours dans lequel il a souligné avec force: « Nous sommes uniques parmi les militaires. Nous ne prêtons pas serment à un roi ou à une reine, à un tyran ou à un dictateur. Nous ne prêtons pas serment à un individu… Nous prêtons serment à la Constitution. »

Une attaque de l’Iran, que ce soit de son programme nucléaire civil ou d’autres cibles stratégiques, pourrait fournir à Trump une sorte de «surprise de décembre». Un acte de guerre destiné à choquer l’opinion publique et à créer les conditions politiques pour la consolidation d’une dictature présidentielle.

Le fait qu’une telle attaque provoquerait sans aucun doute des représailles iraniennes, menaçant la vie de milliers de soldats américains déployés dans la région, serait le résultat souhaité d’une telle provocation. Représentant les sections les plus impitoyables de l’oligarchie au pouvoir aux États-Unis, Trump a présidé à la mort inutile d’un quart de million d’Américains lors de la pandémie de COVID-19. Des pertes massives parmi le personnel militaire américain dans la région du Golfe Persique seraient un prix modique en termes de calculs politiques du gouvernement.

Au vu de tels événements, on compterait sur Biden et le Parti démocrate pour qu’ils se subordonnent au nouveau «président en temps de guerre». Les Démocrates se sont toujours opposés au gouvernement Trump depuis la droite, l’accusant d’avoir été «trop doux» envers la Russie et la Chine. Quant à leur réaction à l’inquiétant bouleversement au Pentagone, elle a été d’avertir qu’il pourrait rendre l’impérialisme américain vulnérable pour «ses ennemis».

Dans une interview récent au quotidien allemand Der Spiegel, l’amiral à la retraite James Stavridis, qui a été commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe et a travaillé comme conseiller principal du Pentagone, a mis en garde contre «le grand danger de cette situation».

Le président américain, a-t-il déclaré, «a toutes les options entre ses mains». Et de poursuivre: «Il peut ordonner n’importe quel type d’opération militaire, même une attaque avec des armes nucléaires. De plus, maintenant on a des gens qui se trouvent au sommet qui n’ont aucune expérience. Mais cela ne les empêche pas d’avoir des idées dangereuses. Par exemple, Trump pourrait provoquer une escalade en faisant patrouiller les eaux internationales au large de la Chine par la marine américaine. Il peut même ordonner des frappes militaires ciblées contre son ennemi déclaré, l’Iran».

Ce qui sous-tend bien plutôt ce danger cependant, ce n’est pas seulement le complot de Trump mais la crise insoluble de l’impérialisme américain. A l’intérieur, ce qui reste de ses institutions démocratiques s’effondre sous le poids d’une inégalité sociale insoutenable, tandis qu’à l’extérieur, il a tenté au cours des décennies — avec des gouvernements démocrates comme républicains — d’inverser le déclin de son hégémonie mondiale au moyen d’agressions militaires. Ces tendances de développement convergent dans la crise politique sans précédent entourant l’élection 2020 et ses conséquences.

On ne peut pas mener la lutte contre la menace de guerre et de dictature dans le cadre du conflit entre les Démocrates, un parti de Wall Street et de l’appareil militaire et de renseignement, et le gouvernement Trump. Cela nécessite la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière en lutte pour la grève générale politique pour vaincre la conspiration dictatoriale de Trump et faire avancer le combat pour la transformation socialiste de la société.

*Source : WSWS

(Article paru d’abord en anglais le 14 novembre 2020)

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