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Une « doctrine Brejnev » pour Damas


Andreï Ilïachenko, Rédaction en ligne
Une « doctrine Brejnev » pour Damas

 

La Russie et la Chine ont utilisé pour la troisième fois au cours des 9 derniers mois leur droit de veto au projet « occidental » de la résolution du Conseil de Sécurité sur la Syrie. Ce projet prévoit une intervention extérieure comme principal moyen de mettre fin aux violences dans ce pays. 

La confrontation permanente au sein de l’Organisation des Nations Unies va clairement au-delà des problèmes du règlement de la crise syrienne. Il est évident que les positions de la Russie et de la Chine, et celle des Etats-Unis et leurs alliés sur les principes de maintien de la paix divergent.

La veille du vote à l’ONU, au cours de la conversation téléphonique entre les présidents russe et américain, Barack Obama a tenté de convaincre son homologue russe de changer de position et soutenir le point de vue des membres occidentaux du Conseil de Sécurité. Comme l’a déclaré aux journalistes l’assistant du président russe Iouri Ouchakov en commentant la conversation téléphonique des deux chefs d’Etat qui a duré 50 minutes, « Poutine, tout comme Obama comprennent maintenant les nuances des positions des deux parties, mais des différences subsistent en ce qui concerne les moyens pratiques de la résolution du problème syrien ». Et ces différences sont apparemment fondamentales.

Au cours de ces dernières décennies, les Etats-Unis soutiennent systématiquement tous les mouvements révolutionnaires, qui aspirent à créer une société démocratique. Il s’agit des « révolutions de velours » en Europe de l’Est, des révolutions de « couleur » sur le territoire de l’ex-Union Soviétique et de l’actuel « Printemps arabe ». Ces mouvements correspondent autant aux principes de base de la construction de l’État américain, qu’à un consensus dans l’opinion publique des pays où se sont produites les révolutions. Il n’y a pas si longtemps, il fallait expliquer à la société pourquoi Washington collabore avec des régimes autoritaires dans l’intérêt de la sécurité, comme s’était le cas en Egypte, où une junte militaire dirigée par le général Moubarak était au pouvoir.

La doctrine de « l’intervention humanitaire » est devenue une suite logique du soutien des « révolutions de couleur », et selon ses principes, les régimes non démocratiques sont forcés à le devenir. Du moment où la révolution de « couleur » (comme l’a montré le sort de Kadhafi), n’abolit pas la justice sommaire, ou le jugement avec l’emprisonnement à vie en perspective (comme cela s’est produit dans le cas de Moubarak), les régimes qui ont subi les effets du « printemps arabe » ne risquent pas de faire preuve d’esprit de conciliation. D’où – le désir de résoudre le problème par l’ingérence extérieure, des sanctions économiques et diplomatiques ou des moyens militaires.

La doctrine de l’« intervention humanitaire » ne bénéficie pas de la popularité en dehors des États-Unis et d’autres démocraties dites « matures ». Dans les pays, où les fondements démocratiques sont faibles et où les institutions démocratiques ne sont pas formées, cette doctrine est immédiatement appliquée, mais apparemment sans enthousiasme. C’est de là que vient la nécessité des pays occidentaux de réprimer l’accord des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU concernant l’application d’une telle intervention.

Aujourd’hui, la situation avec la Syrie – c’est l’exemple le plus pertinent d’un tel scénario. La Russie et la Chine, en tant que membres du Conseil de sécurité de l’ONU avec un droit de veto, étaient d’accord avec un tel développement des événements en Lybie. Mais maintenant, les deux pays ne veulent pas la répétition du scénario libyen, lorsque toute la puissance de l’OTAN était utilisée contre le pays avec une population de 6,5 millions d’habitants.

Comme le mentionne dans ses mémoires le vétéran de la diplomatie russe Evgueni Primakov, ministre des Affaires étrangères dans les années 1990, un groupe de « sages », convoqué par l’ONU pour évaluer les nouveaux défis à la sécurité internationale, était unanime sur la nécessité de s’opposer par le biais des mécanismes des Nations Unies à des processus négatifs, comme le massacre des civils. « Toutefois, une chose, c’est l’étude de la situation intérieure d’un pays du point de vue de la menace qu’elle représente à la sécurité dans le monde. Et c’est une chose totalement différente, que d’imposer aux autres pays un tel ou tel modèle d’organisation étatique ou sociale», souligne Primakov.

En d’autres termes, Moscou, Pékin et d’autres pays BRICS se prononcent en faveur du maintien du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats souverains, qui a toujours été la base des relations internationales. Cela semble paradoxal, mais la Russie, en tant que successeur de l’Union soviétique, est opposée aux méthodes utilisées par le Kremlin dans les années 1950 et 1960, lorsque des troupes militaires étaient introduites en Hongrie et en Tchécoslovaquie pour maintenir sa doctrine idéologique.

Actuellement, chaque victime de l’opposition armée en Syrie diminue la légitimité et la justice morale des parties impliquées dans le conflit. La situation qui se dégrade nécessite vraiment des actions coordonnées de la part des membres du Conseil de sécurité. L’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie Kofi Annan a exprimé sa déception par le fait que les membres permanents du Conseil de sécurité ne soient pas parvenus à un compromis pour mettre fin au massacre syrien. Et il n’y a pas d’autre moyen derésoudre cette crise.

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