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Armes en Syrie : la France ne fera pas cavalier seul


 

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jeudi 21 mars 2013, par La Rédaction

L’annonce française avait fait l’effet d’une bombe. La semaine dernière, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius avait laissé entendre que la France pourrait prendre la décision unilatérale de livrer des armes à l’opposition. Avant d’arriver à une telle extrémité, Paris allait demander d’avancer la prochaine réunion de l’Union européenne sur cette brûlante question en vue de convaincre ses partenaires réticents. C’est chose faite. Une réunion informelle a lieu à partir de vendredi à Dublin entre les 27 ministres européens des Affaires étrangères.
Pourtant, à la veille de cette rencontre capitale, la fermeté affichée jeudi dernier en France a laissé place à une étonnante prudence. « Un début de discussion va être enclenché à Dublin et va se poursuivre », confie une source diplomatique proche du dossier. « Le but est de trouver une solution qui puisse plaire aux 27 et nous avons deux mois pour ça. » En ligne de mire, la date fatidique du 1er juin prochain, où l’Union européenne doit de nouveau statuer sur l’embargo sur les armes à destination de la Syrie.
Décidée en mai 2011, peu après le début de la violente répression exercée par les forces de Bachar el-Assad à l’encontre des manifestants pacifiques, la mesure interdit la vente, la fourniture, le transfert et l’exportation d’armes vers la Syrie, quel qu’en soit le destinataire (régime ou opposition). L’embargo implique également le gel des avoirs financiers des dirigeants syriens ainsi que l’interdiction de leurs déplacements en Europe. Mais, face à l’urgence sur le terrain, les Européens ont tout de même fait une exception en autorisant la livraison à l’opposition armée de matériels uniquement non létaux (gilets pare-balles, talkies-walkies, équipements de désamorçage de mines).
Une levée totale de l’embargo est-elle vraiment souhaitable ? « Ce serait la solution la plus facile, mais elle serait politiquement inacceptable », souligne la source diplomatique. « Notre politique est de maintenir la pression sur le régime à tous les niveaux, y compris financiers. Lever toutes les sanctions n’aurait aucun sens. » Les 27 sembleraient aujourd’hui s’orienter davantage vers des négociations au cas par cas, avec la possibilité, par exemple, d’établir des listes d’armes à interdire ou à autoriser pour l’Armée syrienne libre.
« La juridiction européenne permet de faire preuve de créativité », souligne la source diplomatique. « Il faut trouver une accroche, par exemple l’idée d’établir une distinction entre les armes létales défensives ou offensives. » Mais, outre le fait qu’elle n’entre dans aucune juridiction européenne, cette approche possède ses propres limites. Dans quelle catégorie faudra-t-il ranger un fusil d’assaut ou encore un missile antiaérien, une arme réclamée à tue-tête par l’opposition pour faire face aux raids meurtriers des Mig syriens ?
Autre problème, l’opposition toujours vive au sein de l’UE de pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou les États scandinaves. « La réticence des Américains en matière de transfert d’armes est très importante aux yeux de nos partenaires européens », confie la source diplomatique. « Et la situation actuelle en Libye où un tas d’armes ont été prélevées sur le stock de Kadhafi [mais aussi livrées par la France, NDLR] incitent à la prudence. » Un blocage persistant à Bruxelles pourrait-il inciter Paris à mettre à exécution sa menace d’outrepasser l’embargo ?
« Nous nous situons dans le cadre des 27, et nous prenons nos décisions à 27 : on s’interdit de faire cavalier seul », assure la source. En attendant un hypothétique consensus européen, l’annonce-choc de la semaine dernière semble davantage tenir de la guerre psychologique contre Bachar el-Assad. Paris ne s’en défend pas d’ailleurs guère : « Cela change assurément l’état d’esprit d’un régime qui pense que l’Occident ne fait rien. »

(21-03-2013 – Armin Arefi)