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Conseil de Sécurité : Le veto qui dérange par Ahmed Halfaoui


 

http://www.lesdebats.com/editions/260512/les%20debats.htm Le veto qui dérange

L’ONU, malgré la disponibilité, le sérieux, la célérité et l’abnégation avec lesquelles elle  entérine les décisions des maîtres du monde, commence à déranger. Elle aurait, désormais, besoin d’être réformée. Son Conseil de sécurité est devenu «usé, déphasé et de plus en plus inadapté aux besoins». La réforme doit intervenir pour éviter que le droit de veto puisse être utilisé en cas de «violations des droits de l’homme».

C’est Amnesty International qui assène ce verdict, dans son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Les attendus de ce jugement sont trouvés dans l’incapacité de l’instance onusienne à réagir contre «la répression des manifestations antigouvernementales en Syrie». Alors qu’il fallait mener des actions «rapides et efficaces».

Comme en Libye, pourrait-on dire. Selon le secrétaire général d’Amnesty, Salil Shetty, «il doit y avoir un moyen qui, lorsqu’il s’agit d’abus de droits de l’homme à l’échelle dont nous parlons, rend l’utilisation du droit de veto tout simplement inacceptable». Il s’agit, on pense bien, toujours de la Syrie. Et notre homme d’appeler à faire «passer les êtres humains avant les entreprises et les droits avant les profits». 

On croit rêver. Ce pourrait-il que cela soit possible que l’ONU se mette à contrer le marché et à se mettre, pour de vrai, au service de l’humanité ? Dans ce cas, il faudrait immédiatement organiser des manifestations monstres à travers la planète pour faire passer le message. Mais on ne peut s’empêcher de penser que cette sortie sent le soufre. Il suffit de se rappeler que tant que le veto permettait à Israël, uniquement, de casser du Palestinien et du Libanais, en gros et en détail, il ne posait pas de problème. Ce n’est que lorsqu’il a été sorti contre les «Amis de la Syrie», contre la prédation, qu’il prend des contours indésirables. Libre pour Amnesty  de considérer que les «Contras» syriens sont des «manifestants pacifiques» et que les   «Palestino-libanais» sont des terroristes «soutenus par l’Iran», cela fait plus de 60 ans que le veto est utilisé, sans qu’il cesse de faire partie de la «légalité internationale», appuyée sur la Charte universelle des droits de l’homme. Ce qui a donné l’autorisation à l’OTAN  de mettre à feu et à sang la Libye sous le prétexte de «protéger les civils» et de la livrer à des hordes armées, très peu soucieuses des professions de foi des «amis de la Libye».

Ainsi, l’idée de «réformer» l’ONU est lancée, bien qu’elle permette encore de servir de table de négociation permanente, sur les affaires pendantes. Le veto étant le niet, le no ou le      qui signifient le refus de l’une ou de l’autre des grandes puissances, d’accepter de concéder une aventure aux autres. Une manière «civilisée» de gérer les rapports de force, sous couvert d’assurer la paix universelle. Ce qui se produisait, tout de même, avant l’avènement de la SDN ou de l’ONU.  Sauf que, aujourd’hui, le veto engage, légalement, le monde entier et se trouve chargé  d’une «morale». Quoique léonin, il a pu empêcher qu’il soit fait un sort aux Syriens. S’il est abrogé, ce sera à la confrontation nue, sur fond de jeu d’alliances et de constitution d’axes et de camps, de décider de l’issue d’un conflit d’intérêt. Ce que le responsable d’Amnesty semble (naïvement ?) ignorer, en demandant de ne supprimer le droit de veto que pour des «violations des droits de l’homme», dont il faudra qu’il dresse les caractéristiques, en précisant où il faut placer les Palestiniens.

Par Ahmed Halfaoui