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Depuis Al Kusayr, l’ASL fuit vers le Liban.


Par Droits réservés, le 6 mars 2012 

 
 

Le printemps 2012 s’annonce mal pour l’ASL (ici un groupe à Idleb, le 16 février).

Sur le terrain, alors que Bachar al-Assad vient, ce mardi, de réaffirmer sa détermination à éradique le « terrorisme soutenu par l’étranger », le combat pour la reconquête des zones de non droit et de chaos s’est poursuivi lundi 5 mars avec des combats à Rastan, à mi-chemin de Homs et de Hama. L’OSDH signale aussi des opérations militaires dans le gouvernorat de Deraa (près de la frontière jordanienne) et aussi à Yabroud, (près de la frontière libanaise, dans un secteur montagneux à l’ouest de Damas). Reste qu’en dépit de sa « verve », l’agence de presse de l’opposition radicale peine à suggérer une dynamique des groupes armés qui semblent bien partout sur la défensive.

A Homs, l’aide humanitaire – un convoi de sept camions – est toujours bloquée aux portes de Bab Amr, quatre jours après la fin des combats, mais CICR et Croissant-Rouge syrien ont pu procéder lundi à des distributions dans le secteur voisin d’Inchaat. A Bab Amr, toutefois, les habitants reviennent, le plus souvent pour découvrir leurs habitations détruites : l’agence Sana évoque l’action des « services compétents » pour la remise en état le plus rapide possible des services et installations du quartier, et déblayer les rues. L’oléoduc qui passe à proximité de Bab Amr et qui avait été saboté par les opposants a été remis en état. Les autorités affirment avoir découvert dans le quartier un « laboratoire » voué à la fabrications d’armes, qui contenait en outre un avion de reconnaissance de type israélien !

L’ASL se réfugie au Nord-Liban

Mais le fait militaire dominant de ces dernières 48 heures, c’est ce qui se passe entre la ville d’al-Qusayr (20 kilomètres environ au sud-ouest de Homs) et la frontière libanaise, distante d’une grosse dizaine de kilomètres d’al-Qusayr : selon l’OSDH, des groupes de « civils » et de « blessés » fuyant la répression à Homs et dans sa région ont été pilonnés mardi 6 mars par les forces syriennes, dans le village de Rablé, alors qu’ils empruntaient un pont conduisant à la frontière libanaise, sur le fleuve Oronte. Une autre source opposante de Homs précise qu’il s’agit du pont qu’ont emprunté voici quelques jours les journalistes français Edith Bouvier et William Daniels et leurs accompagnateurs. Selon les mêmes sources partisanes, confirmées toutefois le 6 mars par le HCR, de 1 500 à 2 000 personnes ont déjà utilisé ce pont depuis le week-end dernier pour se réfugier au Liban. Il semble que les forces syriennes aient décidé de fermer ce passage.

Car soyons clairs : en fait de « civils« , ce sont bien les débris des bandes ASL chassées de Homs puis d’al-Qusayr qui utilisent cet itinéraire de fuite. Sans doute avec des familles, des civils compromis. Mais ce sont d’abord des combattants qui tentent, avec armes et bagages, de fuir au Liban après leur défaite militaire. On a écrit ici que la chute de Bab Amr représentait un tournant dans cette sanglante guerre sans nom. Ayant, dans une large mesure, éteint les incendies de Hama, de Homs, de Rastan – où l’on signale toutefois, de source opposante, des combats de mardi -, et maintenant d’al-Qusayr, ayant, ou étant en train de nettoyer une autre portion de la frontière libanaise, du côté de Damas, entre Zabadani et Yabroud, l’armée syrienne a, on peut le dire, « cassé les reins » de l’ASL, expulsée des principaux centres urbains, notamment ceux de l’axe Damas-Alep. L’exode en cours du côté d’Al-Qusayr serait la suite logique de cet effondrement militaire ASL.

On ne doit pas oublier que, suite à des accord bilatéraux, l’armée libanaise s’est redéployée le long de sa frontière avec la Syrie, pour empêcher ou gêner les flux d’armes et d’hommes à destination du voisin. Ce contrôle, parallèle au renforcement des positions syriennes, n’a pu que précariser les lignes de ravitaillement de ces groupes armés, même si le filet ne peut être complètement étanche, vu la longueur de cette frontière, et le caractère montagneux d’une partie importante de celle-ci. L’offensive, ou plutôt les offensives de l’armée syrienne ont fait semble-t-il le reste. On verra comment l’armée libanaise, mais aussi le Hezbollah, puissant dans cette partie orientale du Liban, contrôleront ces « réfugiés » : les Libanais, quelles que soient leur tendance, ne voudront certainement pas que l’ASL se constitue un petit sanctuaire sur leur territoire.

Etouffer et réduire

Du côté de Deraa, d’autres opérations sont en cours, notamment à Hirak (à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Deraa), impliquant des effectifs importants. Enfin on sait que les militaires syriens ont renforcé leur surveillance de la frontière turque, autre grand secteur d’infiltration des groupes ASL. Etouffer logistiquement et détruire ces bandes, c’est la stratégie suivie par le gouvernement syrien, avec un certain succès semble-t-il.

Bien sûr; et malheureusement, la Syrie n’en a pas fini avec la violence : traqués, pas coordonnés, en rupture de munitions, les bandes de l’ASL demeurent sans doute encore assez fortes pour entretenir quelque temps encore une insécurité sporadique. Et puis, encore une fois, il y a des groupes armés qui ne relèvent pas de l’ASL, mais plutôt de tendances ultra religieuses, et notamment d’al-Qaïda, et qui s’infiltreraient ou se renforceraient depuis l’Irak. Mais nous croyons que dans la partie de la Syrie que nous avons évoquée plus haut, leur capacité stratégique – déjà pas évidente auparavant du fait de l’absence de véritable coordination stratégique – a été réduite à bien peu de choses. Et sur le plan politique, leurs exactions – qui visait autant des civils que des militaires -, le mal qu’elle ont fait notamment à Homs, les ont, on peut le penser, décrédibilisé auprès de la frange de la population séduite par les sirènes de l’opposition radicale, au moins une partie d’entre elle : vivre pendant des semaines à l’heure et  sous la coupe de bandes armées à fort recrutement étranger et à orientation islamiste, voire carrément salafiste ou wahhabite, n’a rien de plaisant, même pour des opposants à Bachar al-Assad !

Le CNS d’Alain Juppé et d’Hillary Clinton va, lui, continuer à publier des communiqués vengeurs, comme l’OSDH des bilans partisans : mais le bras armé de ces messieurs semble cassé.