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Le Hezbollah lit et explique les déclarations de Kerry


Le Hezbollah lit et explique les déclarations de Kerry

L.Mazboudi

Les déclarations beyrouthines du secrétaire du Département d’Etat américain John KerryKerry sur le Hezbollah n’ont pas fini de surprendre au Liban, qu’une nouvelle position officielle vient d’être exprimée.
Dans la même foulée, elle illustre un certain repositionnement de l’administration américaine, à l’encontre du Hezbollah, tout en le gardant toujours inscrit dans sa liste des organisations terroristes.

« Nous aux États-Unis, nous ne sommes pas opposés au Hezbollah de point de vue politique », a dit sous le couvert de l’anonymat un responsable américain dans un département de troisième importance, selon la qualification que lui en donne le chroniqueur du journal libanais an-Nahar, Sarkis Naoume.

Ce dernier effectuait un entretien avec ce responsable pour scruter la position américaine sur plusieurs questions libanaise, notamment les présidentielles, syrienne et ukrainienne.

L’interlocuteur américain qui a tenu à rappeler la position de son pays hostile au Hezbollah, qui le présente comme étant un bras armé de l’Iran, a insisté sur la nécessité d’utiliser la souplesse dans la relation avec lui.

« Malgré notre hostilité à l’encontre du Hezbollah, nous avons avalé beaucoup de choses. Nous avons une seule constante en dehors de notre pays, c’est Israël. le reste est soumis aux révisions, à l’évaluation et aux réévaluation.. en fonction de nos intérêts », a-t-il indiqué.

Ce nouveau souffle de l’administration américaine s’était fait le plus sentir dans les propos deKerry, lorsqu’il a appelé à une contribution de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah au règlement de la crise syrienne.

Premier concerné, le Hezbollah a constaté cet adoucissement qui rompt avec le langage d’hostilité qui a toujours caractérisé le discours américain à son encontre. Sans toutefois se faire des illusions sur une chute du mur d’animosité qui le sépare de l’oncle Sam. Les constantes américaines étant incompatibles avec les siennes.

Mais le changement de ton ne pouvait passer inaperçu. Les déclarations libanaises de Kerry ont sans tarder été mises sous la loupe des responsables du Hezbollah.

« Kerry a mis sur le même pied d’égalité le Hezbollah, une super puissance (la Russie) et un Etat régional (l’Iran), ce qui constitue en soi une reconnaissance du rôle du Hezbollah qui s’étend régionalement de sorte qu’il dépasse le niveau local », a commenté l’un d’entre eux, sous le couvert de l’anonymat pour un chroniqueur du journal libanais an-Nahar, Ibrahim Bayram. Il estime aussi que les propos de Kerry étaient plus apparentés à une sollicitation adressée à ces trois parties en vue d’un règlement de la crise syrienne.
Elles laissent aussi deviner une certaine compréhension américaine de l’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et de ses motivations, une compréhension dictée par des considérations purement pragmatiques.

Le timing de cette position, directement après la présidentielle syrienne, ne peut non plus être négligée au vu du Hezbollah. Son lieu non plus : la capitale libanaise! Mais le Hezbollah élargit son champ d’analyse.

Pertinemment il place ce repositionnement américain dans un cadre qui dépasse le sien. Il constate entre autre une certaine ouverture avec les talibans en Afghanistan, qui pourrait très bien aller au-delà de l’échange des prisonniers pour un partenariat politique avec Kaboul.

Une souplesse aussi pragmatique est perçue avec le Hamas, dont la réconciliation avec l’Autorité palestinienne n’aurait pu être menée à bien sans un feu vert américain. Il en était de même avec les Frères Musulmans en Egypte avant leur révocation, et en Tunisie.

Même son de cloche sur la scène libanaise où le Hezbollah constate un certain changement dans la politique américaine, lequel s’illustre surtout par le langage adopté par son nouvel ambassadeur au Liban. Contrairement à ses prédécesseurs, ce dernier évite les provocations et prône le calme et la pondération.

Durant sa visite, Kerry a évité de rencontrer les caciques du 14-mars, pourtant alliés des américains. Et dans ses déclarations, il n’a exprimé aucune orientation ni aucun engagement, si ce n’est la demande de retracer la frontière entre les deux scènes libanaise et syrienne, pourvu de garder le statu quo actuel.

Le Hezbollah en conclut que le Liban ne constitue plus une priorité pour les Américains, alors qu’il en est à sa deuxième semaine de vacance présidentielle.
En revanche, la volonté de Washington de garder bien ouverte la porte du dialogue avec Téhéran semble se confirmer !

Une chose est sure, remarque le chroniqueur du Nahar, « le Hezbollah a été le premier à capter les ondes des déclarations de Kerry, alors que les autres sont toujours en état de choc » !