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Le plan de paix de Trump a été conçu pour échouer, exactement comme ses prédécesseurs


France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l’Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l’Atlantique. Traduction d’articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Publié par Gilles Munier sur 14 Juillet 2019, 07:41am

Catégories : #Palestine, #Gaza, #Sionisme

Par Jonathan Cook (revue de presse : Chronique de Palestine – 4/7/19)*

Le prétendu « accord du siècle « de Donald Trump, offrant aux Palestiniens des gratifications économiques en échange de leur soumission politique, est la phase finale des négociations de paix occidentales, dont le but réel n’était pas de réussir mais d’échouer.

Pendant des décennies, les plans de paix formulaient des exigences impossibles à satisfaire pour les Palestiniens, les forçant à rejeter les termes de l’offre, créant ainsi un prétexte pour qu’Israël s’empare d’une part plus importante encore de leur patrie.

Plus ils ont fait de concessions, plus l’horizon diplomatique s’est éloigné, au point que maintenant l’administration Trump s’attend à ce qu’ils renoncent à tout espoir d’obtenir un état ou le droit à l’autodétermination.

Même Jared Kushner, gendre de Trump et architecte du plan de paix, ne peut pas vraiment croire que les Palestiniens vont se laisser acheter avec leur part des 50 milliards de dollars d’incitation qu’il espérait lever à Bahreïn la semaine dernière.

C’est la raison pour laquelle les dirigeants palestiniens n’y sont pas allés.

Mais les responsables de l’image de marque d’Israël ont, il y a longtemps, forgé un slogan pour occulter une politique de dépossession progressive, qui se fait passer pour un processus de paix : « Les Palestiniens ne ratent jamais une occasion de rater une occasion. »

Il est opportun d’examiner en quoi consistaient ces « occasions ratées » historiques.

La première fut le Plan de Partition des Nations Unies de la fin 1947. Aux dires d’Israël, ce fut l’intransigeance des Palestiniens concernant le partage de la terre en deux états séparés, l’un juif et l’autre arabe qui a déclenché la guerre, menant à la création de l’état juif sur les ruines de la majeure partie de la patrie des Palestiniens.

Mais en réalité, c’est une histoire bien différente.

L’ONU récemment constituée était de fait sous la coupe des puissances impériales de la Grande Bretagne, des Etats-Unis, et de l’Union Soviétique. Tous trois voulaient un état juif, allié dépendant, dans un Moyen-Orient sous domination arabe.

Attisé par les braises moribondes du colonialisme occidental, le Plan de Partition offrait la plus grande part de la patrie des Palestiniens à une population minoritaire de juifs européens, dont l’immigration récente avait été de fait sponsorisée par l’empire britannique.

Tandis qu’on offrait l’indépendance à d’autres peuples, on exigeait des Palestiniens qu’ils cèdent 56 % de leur terre à ces nouveaux venus. Il n’y avait aucune chance que de telles conditions soient acceptées.

Cependant, comme l’ont fait remarquer des universitaires israéliens, les dirigeants sionistes n’avaient pas la moindre intention non plus de respecter le plan de l’ONU. David Ben Gourion, le père fondateur d’Israël, qualifia de « minuscule » l’état juif proposé par l’ONU. Il mit en garde qu’il ne pourrait accueillir les millions d’immigrants juifs qu’il jugeait nécessaires d’y attirer afin que son nouvel état ne devienne rapidement un deuxième état arabe en raison du taux de natalité arabe plus élevé.

Ben Gourion voulait que les Palestiniens rejettent le plan pour qu’il puisse avoir recours à la guerre lui donnant la chance de saisir 78% de la Palestine et expulser la plupart de la population autochtone.

Pendant des décennies, Israël fut heureux de s’enraciner puis, après 1967, d’étendre son emprise sur la Palestine historique.

C’est, en fait, le dirigeant palestinien Yasser Arafat qui a fait les plus grandes concessions non réciproques pour la paix. En 1998, il a reconnu l’état d’Israël et, plus tard, lors des Accords d’Oslo de 1993, il a accepté le principe du partage à des conditions encore plus désastreuses que celles de l’ONU, à savoir un état sur 22% de la Palestine historique.

Même ainsi, le processus d’Oslo n’avait aucune chance sérieuse de réussir après qu’Israël eut refusé de procéder aux retraits promis des territoires occupés. Finalement, en 2000 le président Bill Clinton a convoqué Arafat et le premier ministre israélien Ehud Barak à un sommet de la paix à Camp David.

Arafat savait qu’Israël n’était pas disposé à faire des concessions significatives et qu’il fallait à la fois l’intimider et l’amadouer pour le faire venir. Clinton promit au dirigeant palestinien qu’il ne serait pas tenu pour responsable si les pourparlers échouaient.

Israël a fait en sorte que ce soit le cas. D’après ses propres conseillers, Barak a « fait exploser » les négociations, en insistant pour qu’Israël conserve Jérusalem-Est occupée, y compris la mosquée Al Aqsa, et de larges secteurs de Cisjordanie. Washington a de toute façon fait porter le chapeau à Arafat, et a reformulé l’intransigeance d’Israël en « offre généreuse ».

Peu de temps après, en 2002, l’Initiative de paix de l’Arabie saoudite a offert à Israël des relations normales avec le monde arabe en échange d’un État palestinien minimal. Israël et les dirigeants occidentaux se sont empressés de le faire entrer dans les annales de l’histoire oubliée.

Après la mort d’Arafat, les pourparlers tenus en secrets en 2008-2009 – révélés par les fuites des Palestine Papers – ont montré que les Palestiniens faisant des concessions sans précédent. Il s’agissait notamment d’autoriser Israël à annexer de vastes étendues de Jérusalem-Est, la capitale escomptée des Palestiniens.

Le négociateur Saeb Erekat a été enregistré disant qu’il avait accepté « la plus grande [Jérusalem] de l’histoire juive » ainsi que le retour seulement d’un « nombre symbolique de réfugiés [palestiniens] [et un] Etat démilitarisé… Que puis-je donner de plus? »

C’était une bonne question. Tzipi Livni, la négociatrice d’Israël, a répondu : « J’apprécie vraiment » quand elle a vu tout ce que les Palestiniens concédaient. Mais sa délégation a quand même quitté la table des négociations.

Le plan voué à l’échec de Trump est sur les mêmes rails que ces » efforts de paix « .

Dans un commentaire paru la semaine dernière dans le New York Times, Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU, a candidement résumé l’idée maîtresse de cette approche diplomatique qui dure depuis des décennies. Il a appelé les Palestiniens à » se rendre « , et a ajouté : « La reddition est la reconnaissance que dans une compétition, maintenir le cap coûtera plus cher que la soumission. »

Le processus de paix a toujours conduit à l’étape présente. Trump a simplement éliminé les faux-fuyants et les ambiguïtés du passé pour révéler où se situent vraiment les priorités de l’Occident.

Il est difficile de croire que Trump ou Kushner aient jamais cru que les Palestiniens accepteraient une promesse « d’argent pour la tranquillité » au lieu d’un État fondé sur la « terre contre la paix ».

Une fois de plus, l’Occident tente d’imposer aux Palestiniens un accord de paix inéquitable. La seule certitude, c’est qu’ils la rejetteront – c’est la seule question sur laquelle les dirigeants du Fatah et du Hamas sont unis – assurant une fois de plus que les Palestiniens soient présentés comme l’obstacle au progrès.

Les Palestiniens ont peut-être refusé cette fois de tomber dans le piège, mais, quoi qu’il arrive, ils seront les boucs-émissaires.

Quand le plan de Trump s’effondrera, car ce sera le cas, Washington aura la chance d’exploiter un prétendu rejet palestinien pour justifier l’approbation de l’annexion par Israël de tranches supplémentaires du territoire occupé.

Les Palestiniens se retrouveront avec une patrie fracassée. Pas d’autodétermination, pas d’État viable, pas d’économie indépendante, juste une série de ghettos tributaires de l’aide. Et des décennies de diplomatie occidentale seront enfin arrivées à leur destination préétablie.

Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books).

Consultez son site personnel.

*Source : Chronique de Palestine

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