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Les deux pôles de l’opposition syrienne défilent à Tunis.


 Par Najib Abidi

Traduit par  Tafsut Aït Baamrane  

 En décembre dernier, le Conseil national syrien présidé par Bourhan Ghalioun, a tenu son premier congrès à Gammarth, une banlieue balnéaire chic du nord de Tunis, dont les travaux ont été ouverts par Moncef Marzouki, président provisoire de la République tunisienne. Le congrès a été clôturé par une scène spectaculaire : Bourhan Ghalioun sur le balcon de sa chambre d’hôtel et brandissant ses chaussures en direction des manifestants tunisiens rassemblés pour exprimer leur désaccord avec le choix du Conseil national d’internationaliser la révolution syrienne dans le but d’accélérer une intervention militaire internationale au nom du sauvetage des civils.

Le congrès a été couronné par une conférence de presse le 19 décembre, au cours de laquelle le président du CNS Ghalioun a attaqué l’initiative arabe et a dévalorisé la mission d’observateurs envoyée par la Ligue Arabe en Syrie, considérant qu’il s’agissait d’une initiative du régime syrien pour se dégager de ses responsabilités.  Il a indiqué que le CNS avait mis au point un projet de création de « zone sécurisée » (« corridor humanitaire ») qu’il allait soumettre au Conseil de sécurité des Nations unies. Au cours de la conférence de presse, Ghalioun a affirmé que Moncef Marzouki avait déclaré aux congressistes qu’il allait les reconnaître comme représentants officiels de l’opposition syrienne et qu’il allait renvoyer l’ambassadeur syrien !! Cette déclaration de Ghalioun a suscité de nombreuses réactions d’autres forces d’opposition syrienne qui ont estimé que la prise de position attribuée à Marzouki était une ingérence dans les affaires intérieures des Syriens. D’autant plus qu’il existe des divergences sérieuses entre les forces révolutionnaires syriennes, notamment sur la question d’une intervention étrangère, en particulier de l’OTAN via la Turquie.

Marzouki est-il au fait des divergences entre le Conseil national syrien – qui comprend les Frères musulmans – et le Comité national de coordination pour le changement démocratique – composé de 17 partis actifs sur le terrain et considérés comme els plus populaires en Syrie ? Ou est-ce que l’enjeu n’est pas plus grand qu’un simple soutien de principe à la révolution syrienne ?

Quelle est la principale force politique d’opposition favorable à l’intervention étrangère et qui rêve d’arriver au pouvoir même avec une couverture aérienne de l’OTAN et avec le soutien des monarchies du Golfe, notamment du Qatar, de la France et des USA ?…

Pour donner un bref aperçu de la situation de l’opposition révolutionnaire syrienne on peut dire ceci : dès le déclenchement de la révolution, des forces politiques ont commencé à travailler à la création d’un front qui reprenne les revendications révolutionnaires et colle à la dynamique populaire. Ce travail a abouti à la création d’une coordination nationale élue par un congrès rassemblant la plupart des groupes politiques syriens. Cette coordination a établi des délégations à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Un des principes guidant l’action de la coordination était le refus du recours aux actions armées et le souci de préserver le caractère pacifique du mouvement. Autre principe cardinal : le refus de toute intervention militaire étrangère. Bourhan Ghalioun a d’abord fait partie de cette coordination avant de la quitter pour fonder le CNS à Istanbul, avec le soutien du gouvernement turc. Le CNS défend le principe de l’armement de la révolution, par le soutien apporté à ce qu’il appelle « l’Armée libre », constitué de déserteurs de l’armée syrienne. Et il s’est mis au travail pour accélérer une intervention étrangère. Il n’est pas inutile de préciser que la plupart des militants actifs du CNS vivent à l’étranger, notamment les membres des Frères musulmans.

Durant un mois se sont tenues au Caire, sous l’égide de la Ligue arabe, des négociations entre les deux pôles de l’opposition pour parvenir à une prise de position commune sur ce qu’ils ont appelé  la « période  de  préparation d’une nouvelle Syrie après le régime Assad ». 7 personnes y représentaient la coordination et 15 – par rotation – le CNS. Les négociations ont été ralenties par deux interruptions – la première lorsque le CNS s’est rendu à Istanbul et la seconde lorsqu’il a tenu son congrès à Gammarth. Un accord a été finalement conclu le 30 décembre sur une déclaration dont l’un des articles insistait sur le rejet de toute intervention étrangère. Dès le lendemain, Bourhan Ghalioun publiait un communiqué désavouant cette déclaration commune, après le rejet par les Frères musulmans du CNS du point concernant la non-intervention. Ces derniers précisaient qu’ils étaient contre une intervention terrestre mais approuvaient l’idée d’une intervention aérienne et maritime.

Le Comité national de coordination pour le changement démocratique visite la Tunisie

Présidée par Haytham Manna, une délégation du CNCCD a visité la Tunisie le 7 janvier et a rencontré Moncef Marzouki le ministre des Affaires étrangères Abdessalam Bouchlaka. Ils ont exposé leur point de vue concernant le changement en Syrie. Ils ont expliqué qu’ils voulaient éviter à leur pays un « saut dans l’inconnu » et considèrent qu’une internationalisation de l’affaire mènerait le pays à la destruction.Mohamed Hijazi, membre de la coordination, nous a confié le 8 janvier que le président Marzouki ne semblait pas être au fait des divergences entre CNS et CNCCD, alors qu’il a assisté, en que président de son pays, au congrès du CNS il y a moins d’un mois !!

Pour sa part, Haytham Manna nous a confié le même jour que Moncef Marzouki a promis d’envoyer cent Tunisiens dans la mission d’observateurs de la Ligue Arabe en Syrie. Et le président tunisien , selon Hijazi, s’est dit convaincu de la justesse des positions du CNCCD et est même allé jusqu’à proposer à ses visiteurs d’installer le siège principal du CNCCD en Tunisie.

En moins d’un mois, le président Marzouki aura réussi la prouesse de déclarer son soutien à deux visions divergentes du même problème. Bravo l’artiste !!!!

Selon Haytham Manna, le CNS est soutenu par les monarchies du Golfe et les forces étrangères – France, Turquie, USA – et surtout par l’Émir du Qatar, qui s’est opposé aux positions défendues par le CNCCD lors des négociations du Caire. Le CNS, poursuit-il, est soutenu financièrement et médiatiquement, notamment via la chaîne Al Jazira. Bourhan Ghalioun plane sur une réalité politique complexe et tombe dans le discours populiste. Il n’a qu’un but : le pouvoir.

Note de nawaat.org
Lors de ses rencontres avec les opposants syriens, le Président Marzouki a insisté sur l’importance de l’unité entre les deux pôles révolutionnaires, le CNS et le CNCCD. Bien qu’il ait rencontré des représentants des deux groupes, il a insisté sur son refus de toute intervention étrangère en Syrie et sur l’importance du maintien du caractère pacifique de la résistance à la dictature syrienne