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Les Frères musulmans, à l’épreuve du pouvoir


par Ahmed Halfaoui

 Les Frères musulmans, à l'épreuve du pouvoir, par Ahmed Halfaoui

 Le «printemps» a servi, au moins, à une chose :

il a jeté les Frères musulmans en pâture à leur vérité. Les foules, les connaissent, tels qu’ils sont, quand ils sont au pouvoir. Elles qui attendaient d’eux le paradis, sur terre, au minimum, une «solution» miraculeuse à tous les maux d’une société inégalitaire, exclusive des plus faibles, et bâtie sur le pouvoir de l’argent. En Egypte, les Frères proposent la dictature «provisoire», en réponse au mécontentement populaire (grèves, manifestations, sit-in…), qui menacerait la révolution, en attendant qu’elle soit sanctifiée, par une Constitution, dont la rédaction a connu une accélération fulgurante, afin de prendre de vitesse le mouvement de contestation, qui enfle contre le Président Mohamed Morsi. En appui aux forces de l’ordre, ont été rameutées de tout le pays des troupes chauffées à blanc contre ceux qui refusent que soient confisquées leurs libertés. Ce qui signifie que l’intimidation musclée est opposée à la revendication démocratique, avec la claire intention d’imposer la force, en lieu et place du droit. En tant que message d’arrière-plan, on peut lire, dans la mobilisation du camp islamiste, la volonté de ne plus tolérer aucune voix discordante. Les Frères démontrent, ainsi, leur ferme intention de ne plus obéir aux règles, qui leur ont permis d’accéder au pouvoir. Leurs promesses de «stabiliser» le pays se réaliseront à ce prix. En Tunisie, près de deux ans après que les jeunes insurgés ont fait déboulonner la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, ce sont les Frères, qui font tirer du gaz lacrymogène et de la chevrotine, sur les manifestants. Passés de l’autre côté de la barricade, ils ont endossé le rôle, le discours, la méthode et la propagande du dictateur. Le Frère numéro 2, Hamadi Jebali, devenu Premier ministre, n’est plus reconnaissable. «Changé» du tout au tout, on a pu l’entendre dire : «Dans ce moment difficile où la police est attaquée, on se trouve confronté à un dilemme ou bien on livre les policiers à leur destin, ou bien ils se défendent et défendent l’intérêt du peuple». Ces policiers, dont il parle, ont tiré de la chevrotine, en salves explosives, sur des citoyens, à Siliana, dont une vingtaine, au moins, risquent de perdre la vue. Ensuite, plus cynique que jamais, il dit qu’il «reste à déterminer si l’usage de ce type de munitions était sage et judicieux» et s’interroge : «qui est l’agresseur et l’assaillant, et qui est le défenseur ? Qui a commencé l’agression ?» Puis, grand seigneur, il annonce la création d’une «commission d’enquête indépendante, qui examinera l’usage de la violence, par toutes les parties». Lui aussi, comme par hasard, a besoin, très rapidement, d’une Constitution, qui tarde, sérieusement, à sortir d’entre les mains de rédacteurs forts peu conscients de ses attentes et de ses angoisses. Un texte, qui va régler le problème de la prise en main de la Tunisie. C’est M. Jebali, qui l’affirme. D’après lui : «La période de transition ne peut pas durer plus longtemps, d’autant plus que les investisseurs et hommes d’affaires ont besoin d’un climat de sécurité et de stabilité, dans le pays». L’Algérie, quant à elle, ne pourra pas, pour le moment, mettre à l’épreuve ses Frères. Depuis le «printemps», ils confirment, à chaque élection, qu’ils sont une «exception». Ils viennent encore d’enregistrer un recul, aux dernières municipales, par rapport à celles de 2007, comme cela a été le cas, pour les législatives.

Article publié sur Les Débats